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La Renaissance

mer, 22/08/2012 - 17:20 -- admin
Définition de la Renaissance
Période de renouveau artistique, littéraire et scientifique, la Renaissance débute au XIVe siècle en Italie du Nord. Véritable révolution de la pensée et de tous les champs artistiques, ce mouvement diffuse rapidement ses modèles dans toute l’Europe, où il domine jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il transforme radicalement l’art occidental, mais plus profondément, au-delà des modes de représentation, il s’infiltre jusque dans le rapport de l’homme à la nature, au monde, à Dieu, à l’autre.
Le mot Renaissance est employé pour la première fois au XVIe siècle par Giorgio Vasari, père fondateur de l’histoire de l’art des Temps modernes, dans le célèbre recueil Vies des plus célèbres peintres, sculpteurs et architectes, pour évoquer le courant artistique apparu en Italie deux siècles plus tôt.

La Renaissance s’épanouit sur près de trois siècles, en trois périodes successives : le Trecento (XIVe siècle), le Quattrocento (XVe siècle) et le Cinquecento (XVIe siècle). Dans son ouvrage, Vasari parle de trois âges : celui des précurseurs, Cimabue et Giotto, celui des initiateurs, Masaccio, Brunelleschi et Donatello, et enfin celui des maîtres accomplis, Bramante, Vinci, Raphaël et Michel-Ange, qui selon Vasari égalent et même dépassent ceux de l’Antiquité. Il faudra attendre le XIXe siècle pour que les historiens Michelet et Burckhardt étendent le concept de Renaissance à l’ensemble d’une civilisation.

La Renaissance artistique succède à l’esthétique médiévale, dont il remet en cause les codes et les canons. Cette nouvelle forme de culture se caractérise en premier lieu par le regard porté sur l’Antiquité. Sa singularité tient à la restauration d’une grandeur passée, à la recherche de la leçon antique. Dès le Trecento, les hommes de lettres italiens Pétrarque et Boccace expriment une aspiration à la renovatio : cette reconquête trouve à Florence ses premières formes artistiques (voir la partie « Au cœur de la Renaissance : Florence »).

L’humanisme et la Renaissance
Le renouvellement de la réflexion philosophique du XVIe siècle se caractérise par l’affirmation d’une libération de l’homme vis-à-vis de Dieu.
La création artistique ne se limite plus au seul service de la religion et au strict respect de ses canons de représentation. Elle s’ouvre lentement à la représentation humaniste qui donne une nouvelle place à l’individu. Les artistes ressentent, puis affirment, que l’homme appartient à la nature, et se dresse au centre de l’univers.
Les personnages représentés ont une nouvelle présence, un poids du corps et de l’âme. Dans la peinture, les figures ne s’étagent plus sur le fond des panneaux de bois des retables, elles habitent l’espace qui gagne en profondeur, en perspective, tandis que les fonds dorés hérités des icônes byzantines ou les tapis de fleurs médiévaux cèdent doucement la place aux nouvelles lignes de fuites des jardins et des architectures novatrices. Les signes de la sainteté (mandorles, auréoles), encore ostentatoires dans la peinture du Trecento, s’effacent pour incarner le divin dans une nouvelle humanité.

Au XIVe siècle, la pensée humaniste et les nouveaux modèles de représentation se diffusent encore plus largement et plus rapidement, avec tous les autres savoirs, grâce à l’invention de l’imprimerie par Gutenberg, à partir de 1468. Ils profitent aussi du développement des échanges commerciaux et internationaux qui font suite à la découverte des terres inconnues d’Amérique, le Nouveau Monde, en 1492.

Le retour vers l’Antiquité
La leçon de l’Antiquité est partout. À son exemple, le nu devient pour les artistes de la Renaissance l’une des formes artistiques les plus accomplies. Au sein de ce grand mouvement antiquisant, chacun travaille toutefois à l’épanouissement de sa propre expression. Cette conscience artistique, cette recherche est elle aussi très nouvelle. Peintres et sculpteurs retranscrivent singulièrement l’influence des classiques et tentent d’affirmer désormais leurs visions et leurs aspirations à travers leurs œuvres.

La connaissance de l’art antique est à peine amorcée que le sculpteur toscan Donatello a l’idée, en 1430, de représenter le futur roi David en tout jeune berger terrassant Goliath, comme le raconte la Bible. Juvénile, le torse encore frêle, ce premier David de la Renaissance arbore des proportions qui s’affranchissent du canon grec. Plus tard, les nus de Michelangelo Buonarroti, dit Michel-Ange, sculpteur, peintre et architecte toscan, s’inscrivent plus fermement dans l’héritage grec, mais avec une maniera singulière, unique, éloignée des stéréotypes (David de 1501), et où s’exprime une humanité, une émotion et une tension nouvelle.

Le goût pour l’Antiquité reste omniprésent. Artistes et amateurs prennent des leçons de beauté devant les monuments romains redécouverts, les statues gréco-romaines collectionnées par les nouveaux mécènes, mais aussi à la source des textes latins et grecs. Des fouilles de sites antiques sont ouvertes partout, et en particulier à Rome. Les découvertes archéologiques du Laocoon (1506) et de L’Apollon du Belvédère marquent l’imaginaire contemporain. Étudiés, copiés, diffusés, ces grands groupes sculptés et ces modèles classiques inspirent toute une génération d’artistes et leurs ateliers. Mais, au-delà des similarités formelles qu’il inspire à la Renaissance, l’art classique réconcilie aussi le christianisme et la culture païenne. Michel-Ange place côte à côte les prophètes de la Bible et les sibylles antiques. En 1510, Raphaël, peintre et architecte, représente les grands penseurs de l’Antiquité sous les voûtes de la basilique Saint-Pierre, à Rome.

De la théorie…
L’innovation la plus précoce et la plus remarquable de la Renaissance sur le plan architectural est la coupole du Duomo, cathédrale Santa Maria del Fiore à Florence. Cette prouesse est réalisée par Brunelleschi, « l’homme envoyé par le ciel pour rénover l’architecture égarée depuis des siècles ».
C’est à cet architecte florentin que revient le mérite d’avoir exposé le premier les principes de la perspective. Celle-ci définit les structures de la représentation, la construction de l’image et les lois géométriques qui régissent la représentation des objets à formes régulières. L’expérience de Brunelleschi propose d’identifier le point de fuite comme projection du point de vue sur le tableau.
L’architecte Alberti est le premier à avoir ensuite théorisé ce dispositif. Le champ de l’image, le rapport d’échelle des personnages aux lieux et l’esthétique de la sobriété sont transformés.

Les nouvelles formes architecturales se diffusent à travers l’Europe à partir de l’Italie du Quattrocento. Le traité de Vitruve, architecte romain du Ier siècle, imprimé en latin en 1486, est le seul traité d’architecture à avoir survécu jusqu’au XVe siècle. Il réunit un ensemble d’expériences et de connaissances accumulées avant Vitruve par les bâtisseurs grecs.
Dès 1450, l’une des figures les plus importantes de la Renaissance, Leon Battista Alberti, livre un traité d’architecture, De re aedificatoria, qui influence radicalement ses contemporains et connaît une immense fortune critique. Cet architecte génois, théoricien de la perspective mathématique et des arts, écrivain et philosophe, s’intéresse à tous les arts plastiques. Il consacre à la peinture un autre ouvrage célèbre, De pictura, dans lequel il définit les nouveaux principes de cet art. Ces deux manifestes joueront un rôle de premier plan.

Au Quattrocento, les architectes, influencés par ces traités, imitent les formes antiques et s’en inspirent. C’est avec l’œuvre romaine de Bramante (San Pietro in Montorio, Saint-Pierre de Rome), peintre et architecte de la cour d’Urbino, que le sens des ordres architecturaux se développe, pour créer un véritable langage ornemental avec lequel joue ensuite Michel-Ange.

Au cœur de la Renaissance : Florence
Capitale de la Toscane, Florence est le premier foyer de la Renaissance. Grâce au mécénat de grandes familles de marchands et de banquiers, des Médicis principalement, les arts connaissent un développement considérable dès le XIVe siècle et durant tout le XVe siècle. Pour le prince érudit de la Renaissance Laurent le Magnifique, l’art incarne un nouvel ordre et rentre au service de la politique, au-delà de la délectation qu’il procure.

Avec Cimabue, la peinture commence à s’affranchir timidement de l’esthétique byzantine, en deux dimensions, et de la raideur de la commande religieuse. Mais ce sont avec les œuvres saisissantes de Giotto di Bendone (1266-1337), notamment les fresques de la chapelle des Scrovegni à Padoue, que l’espace se creuse, presque illusionniste et tridimensionnel, que les formes deviennent tangibles, que le profane rencontre le sacré.

Dans la première moitié du Quattrocento, la peinture toscane est d’une grande diversité. Chaque artiste participe à cet élan dont les innovations portent la marque encore savante du gothique international ou d’une certaine permanence consacrée : Gentile da Fabriano, Fra Angelico... Le peintre le plus novateur des années 1420 est certainement Masaccio (chapelle Brancacci, Santa Maria del Carmne, Forence) : il met ses personnages en perspective et en volume, comme ses architectures, leur confère une monumentalité jusqu’alors oubliée. Une grande sobriété caractérise son œuvre, ainsi qu’une nouvelle humanité, une présence réelle et intense.
L'influence de cet artiste et de cette nouvelle voie picturale est considérable sur les peintres de sa génération (Fra Angelico, Paolo Uccello), sur la suivante (Filippo Lippi, Domenico Veneziano, Piero della Francesca) et au-delà, notamment sur Sandro Botticelli, puis sur les grands maîtres de la Renaissance.

La présence simultanée à Florence, à la fin du XVe siècle et au tout début du XVIe siècle, de Léonard de Vinci, de Raphaël et de Michel Ange, oriente de façon décisive le développement de la peinture. Outre La Vierge aux Rochers de 1483 (musée du Louvre), Léonard de Vinci réalise une grande fresque murale, La Cène, pour le réfectoire du couvent Santa Maria delle Grazie de Milan. À la fin du XVe siècle, il étudie les conditions dans lesquelles la perception d’une image coïncide avec celle de l’objet qu’elle représente, et critique les fondements optiques de la perspective. Il propose en retour une nouvelle technique qu’il baptise le sfumato (enfumé) et qui consiste à prendre en compte, dans l’image, les conditions de perception de l’objet. Parfois qualifiée de perspective atmosphérique, cette technique est fondée sur la superposition de couches très fines de peinture translucide qui donnent au sujet un contour vaporeux, correspondant à la vision d’estompement qui se créée avec la distance.

Ensuite, c’est aussi à Florence que le maniérisme s’affirme, au début du XVIe siècle. Mouvement artistique complexe, raffiné à l’extrême, il désigne le beau style ou en italien la bella maniera. Il est perçu comme un idéal de beauté qui tend vers l’exacerbation du style des grands maîtres de la Renaissance.
Le maniérisme implique une pratique intensive du dessin et un goût pour la déformation. L’œuvre d’art compose alors un espace désuni, privilégie une certaine acidité de la couleur et des codes iconographiques complexes. Le maniérisme représenté par Vasari, Bronzino Andrea Del Sarto, Jules Romain, Parmesan ou Le Corrège, affectionne particulièrement la ligne serpentine et rompt délibérément avec l’exactitude des proportions.

Rome
Siège de la papauté, Rome devient au début du XIVe siècle, avec les pontificats imposants des papes Jules II et Léon X, le principal centre politique et artistique de l’Europe.

Grands mécènes, collectionneurs d’antiques, érudits, ces papes souverains font appel aux artistes les plus novateurs, et notamment à Michel-Ange (pour la chapelle Sixtine) et à Raphaël (les stanze ou chambres, au Vatican).
Si les artistes toscans servent de modèles, dès le XIVe siècle, chaque centre artistique développe sa propre spécificité. De fortes différences régionales persistent aux XVe et XVIe siècles : la peinture florentine privilégie le dessin, la peinture vénitienne donne la primauté à la couleur et Rome prend au début du XVIe siècle, avec le mécénat pontifical et princier, une importance croissante.

Venise
Point de rencontre entre l’Orient et l’Occident, Venise occupe au XVIe siècle un rôle politique et culturel de premier plan.

Giovanni Bellini est le premier grand maître vénitien de la Renaissance, au XVe siècle. Il rompt avec le gothique international, abandonne les codes de représentation et adopte la rigueur de construction qui caractérise la Renaissance. À ses successeurs, Bellini enseigne l'épanouissement de la forme, les ressources de la couleur, l’expression de la nature et des sentiments. À sa suite, Tizino Vecellio, dit « le Titien » représente l’apogée du Cinquecento vénitien. Il est célèbre dans toute l’Europe pour sa science du portrait et sa virtuosité. Charles Quint le nomme premier peintre de la cour des Habsbourg.

Les ciels marins changeants et la luminosité délicate de Venise influencent les œuvres qui y sont réalisées. Les plus importantes sont celles du Titien et de Giorgione. Le XVIe siècle fait figure d’âge d’or pour la peinture vénitienne. Sa couleur du début de la Renaissance et sa lumière chaude (Giovanni Bellini, Giorgione, le jeune Titien) est enrichie par les œuvres maniéristes du Titien, de Tintoret, de Véronèse et de Bassano.

La Renaissance vénitienne est également marquée par l’œuvre de Paolo Caliari, dit Véronèse, qui s’établit à Venise en 1555.Il s’impose en rivalité avec le Tintoret comme le grand décorateur de Venise et réalise Les Noces de Cana (1562-1563, tableau conservé au musée du Louvre) pour le réfectoire de San Giorgio Maggiore. Cet artiste fait une synthèse de la tradition toscano-romaine et de la tradition vénitienne. Il recherche un coloris somptueux qui exalte la luminosité de l’image avec des ombres colorées et des tons superposés. Véronèse se situe à la charnière entre la grande Renaissance et le maniérisme international.

La Renaissance en Europe
Née en Italie, la Renaissance se diffuse dans le reste de l’Europe.

En France, le roi François Ier fait appel à des peintres et décorateurs italiens, Rosso et Francesco Primaticcio dit le Primatice, un florentin et un bolognais, pour la décoration du château de Fontainebleau. La présence de ces artistes à la cour fait de Fontainebleau un centre de diffusion de la Renaissance artistique italienne en Europe. Tandis que Primatice travaille à la chambre du roi et de la reine, Rosso décore la galerie du château. Une véritable Renaissance artistique se dessine alors en France.

Toute l’Europe du Nord laisse bientôt s’éteindre les derniers feux du gothique international pour épouser les idées et les formes de la Renaissance. Deux régions développent une expression singulière en s’inspirant des précurseurs italiens : la Flandre et l’Allemagne du Sud-Ouest.
L’artiste flamand Jan Van Eyck rompt de manière décisive avec le style gothique. Dans ses tableaux, il tente de capter la lumière, l’espace et les formes du réel. Vasari lui attribue l’invention de la peinture à l’huile, pourtant connue dès le XIVe siècle.
Ses tableaux abolissent la frontière entre l’œuvre peinte et son environnement. Van Eyck abandonne également le portrait de profil, hérité des médailles, pour adopter la vue de trois quarts qui accentue le volume du visage et du corps. Les peintres flamands les plus illustres, comme Christus et Hans Memling, suivent les traces de Van Eyck tout au long du XVe siècle et dans la première moitié du XVIe siècle.
La Renaissance s’accomplit différement dans l’œuvre d’Albrecht Dürer, célèbre peintre et graveur de Nuremberg. Son œuvre Adam et Ève (1504, musée national du Prado, Madrid) incarne la volonté italienne d’équilibre et une sensibilité profonde à la nature et à l’humanité.

Cet essor artistique est contemporain d’une réforme religieuse qui entraîne une profonde mutation dans l’art du nord de l’Europe : en 1517, Martin Luther affiche ses thèses et entraîne un affrontement entre princes réformés et princes catholiques. La chrétienté se scinde jusqu’au déchirement (sac de Rome en 1527). En réaction, la contre-réforme menée depuis Rome par les papes a une influence considérable sur la pensée religieuse, l’iconographie et tous les champs de la création artistique.

Fin de la Renaissance
De 1570 à 1610, en réaction au maniérisme et comme un signe de temps nouveaux, l’art change de camp : simplification des compositions et des formes, retour à des règles classiques, à une spiritualité normée issue du concile de Trente (1545-1563), à l’origine de la contre-réforme. Ces catholiques ont pour mission de purifier l’Église, de réaffirmer ses dogmes essentiels, et de contrôler l’art sacré, et donc toute son iconographie et ses canons. Le concile de Trente réagit contre les raffinements esthétiques et les sujets profanes du maniérisme. Les œuvres d’art doivent exercer une action sur les fidèles et stimuler l’émotion, atteindre la compassion par des accents pathétiques. Ces exigences entraînent d’abord une nostalgie toute classique, puis un art de persuasion, plus spectaculaire, avec le style baroque, qui atteind sa pleine maturité au XVIIe siècle.

Conclusion
Redécouverte de l’idéal humaniste, politique, philosophique et artistique de l’Antiquité, mouvement de rupture avec le gothique, la pensée médiévale et l’assujettissement à Dieu, la Renaissance installe de nombreux fondements de la pensée moderne et de l’histoire de l’art.

L'artiste de la Renaissance est un artiste complet, souvent peintre et orfèvre, sculpteur et architecte, théoricien et poète, comme l'étaient Léonard de Vinci ou Michel-Ange. L'artiste devient un savant, qui utilise les traités, connaît les règles de la perspective et s'attache à la connaissance du corps humain. Son statut social évolue au cours du XVe siècle, au fur et à mesure que la dimension intellectuelle de l'œuvre créée est reconnue.

Pour aller plus loin
Découvrez sur iPad deux artistes majeurs de la renaissance à travers les e-album de nos expositions :

  Cima da Conegliano, maître de la Renaissance vénitienne.

  Cranach et son temps

 

 

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