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Pas de Bohèmes sans littérature !

mar, 27/11/2012 - 16:38 -- cnegre

Par Armelle Fémelat, historienne de l’art et journaliste pour Beaux Arts Magazine



La bohème, vie et œuvre d’écrivains, de poètes et de journalistes anticonformistes

Les rapports entre bohème et littérature sont multiples. À la fois imaginée et vécue par ses auteurs, la bohème est d’abord un produit littéraire. Gratteux de la petite presse, poètes crottés, écrivains oubliés et intellectuels dédaignés créent la bohème, comme un moment transitoire, une voie d’accès à la notoriété, à l’oubli, à la folie ou à la mort selon les cas. Ceux qui s’en sortent la décrivent avec nostalgie comme un passage initiatique et héroïque. L’idée de la pratique de l’art vécue comme un chemin de croix s’installe, souvent doublée d’une fascination romantique pour l’échec de ceux qui sont morts pour l’art à l’instar de Charles Cros ou de Nerval.

Le thème littéraire de la bohème explose dans les décennies 1830-1840. Charles Nodier, Béranger, Balzac, Musset jusqu’à George Sand, tous s’en emparent. C’est Henry Murger qui fixe durablement le sujet – dans son feuilleton paru dans le Corsaire-Satan entre 1845 et 1849, monté en pièce de théâtre avec Théodore Barrière en 1849 (La Vie de bohème au Théâtre des Variétés) et publié sous forme de roman en 1851 (Scènes de la vie de bohème). Cette « légende dorée » des artistes bohèmes s’inspire de personnages réels : l’auteur lui-même, le peintre et compositeur Schanne, le peintre Tabar, le sculpteur Joseph Desbrosses, le journaliste Charles Barbara et les philosophes Jean Wallon et Marc Trapadoux.

Autres textes fondateurs connus de tout un chacun : Les Bohémiens en voyage de Baudelaire, La Bohême galante et Petits châteaux de Bohême de Nerval, Ma bohème de Rimbaud, ou encore l’Histoire du romantisme de Gautier. Sans cesse réinventée au gré des évènements historiques et politiques, la bohème est au cœur du réalisme de Champfleury, de la poésie des Parnassiens et de la fumisterie d’Alphonse Allais. Car la bohème ne boude ni l’humour, ni l’absurde comme l’attestent les Hydropathes, club littéraire parisien présidé par Emile Goudeau, ou encore la société littéraire les Hirsutes et toute la presse satyrique qui fleurit sous le Second Empire et au début de la IIIe République.

Conçue en opposition à l’ancien régime des lettres et au monde académique, la bohème se démarque par ses propres mœurs littéraires. Elle consiste également en une révision stratégique de l’histoire littéraire menée contre le goût classique. Ce qui ne l’empêche pas de s’inscrire dans la tradition littéraire française. Et l’écrivain bohème qui n’est encore qu’un marginal au début du XIXe devient la norme et le cliché de l’écrivain à la fin du siècle.

 

 


 

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