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Le Grand Palais invite...Mario Vargas Llosa au sujet de Paul Gauguin

lun, 25/09/2017 - 18:02 -- debout
Rencontre avec l'écrivain péruvien et Prix Nobel de littérature 2010 Mario Vargas Llosa, qui connait bien Paul Gauguin pour avoir écrit "Le paradis – un peu plus loin" (Gallimard, 2003), une double biographie romancée.
Dans ce récit, l’auteur raconte l’histoire de Paul Gauguin et de Flora Tristán, sa grand-mère, célèbre militante socialiste et féministe des années 1840. Il met en scène leurs vies en parallèle et leur destin commun. Deux êtres qui vont au bout de leurs idéaux et en paient tous deux le prix fort. Des utopistes politiques et artistiques qui ont indéniablement marqué les temps modernes. 

 

Qu’est ce qui a motivé votre envie d’écrire sur Paul Gauguin et Flora Tristán ? 
J'ai toujours eu une grande admiration pour la peinture de Gauguin, mais l’idée préalable de mon roman était de se concentrer sur l'histoire de Flora Tristán, une femme d’un caractère extraordinaire mue par un idéal social et politique, à laquelle la France a donné la reconnaissance qu’elle mérite. 
Mais, en avançant dans mes recherches, j'ai remarqué qu'entre la grand-mère et son petit-fils, malgré des différences importantes, il y avait un lien fort en commun : tous deux étaient de grands révolutionnaires, certes sur des plans très différents. Flora Tristán voulait révolutionner la société de son temps, en éliminant l'injustice et la discrimination envers les femmes et les travailleurs dans un mouvement international pacifique et dans le but de créer une société paisible et heureuse. Gauguin, quant à lui, n’avait aucun intérêt pour les problèmes sociaux et son rêve était de révolutionner l'art occidental qui, selon lui, avait perdu le feu de la créativité pour s’être coupé de ses origines et du monde primitif. Ce monde sauvage et irrationnel, il est allé le chercher au Panama et en Polynésie - à Tahiti et dans les îles Marquises. Bien que sa théorie fût folle, il a réussi à injecter dans sa peinture une source de vie primitive, une «sauvagerie» nourrie par le grand art primitif. 
 
Comment vous êtes-vous documenté justement ? 
J'ai fait beaucoup de recherches pour ce roman et j’ai personnellement visité tous les lieux importants de la vie de Flora Tristán et de Gauguin. A Tahiti, j’ai été surpris par l'hostilité de nombreux indigènes. Ils ont gardé en mémoire le caractère sombre et offensant de Gauguin, qu'ils accusaient d'avoir agi avec les vahinés comme un agresseur colonialiste. Dans le village d’Atuona cependant (où Gauguin a vécu et où il est enterré), l'attitude a été beaucoup plus tolérante et sympathique envers la figure de Gauguin. Atuona n’a quasiment pas changé dans le temps. Là-bas, j’ai pu mieux ressentir ce qu’avait dû être la fin tragique, dramatique, terrible de Gauguin. 
 
Vous semblez partager l'activisme politique de Flora et la liberté et la puissance de Gauguin... mais pour vous, où se situe le Paradis?
Je crois que si une certitude devait ressortir clairement de la vie de ces deux personnages extraordinaires est que le paradis n’est pas de ce monde, et probablement pas non plus d’un autre.  Et que, sans la recherche du Paradis qui peut être si différent pour chacun, comme l’idée du Paradis de la grand-mère – social et humaniste- de celle du petit fils -artistique et plus égoïste, la vie sociale et la vie artistique seraient bien plus pauvres et tristes qu’elles ne le sont. Le Paradis, toujours un peu plus loin…. 
 

Découvrez un extrait du livre  Le paradis – un peu plus loin :
 

Mario Vargas Llosa raconte la vision paradisiaque de Gauguin (surnommé Koké) à travers ses tableaux qu’il cite à plusieurs reprises.
 
« Le faré était dans l’obscurité, ce qui était étrange. Teha’amana ne dormait jamais sans laisser une petite lampe allumée. (…) Il entra dans le faré et, passé la porte, chercha dans ses poches la boîte d’allumettes. Il en gratta une et, dans la petite flamme jaune bleuté qui crépitait entre ses doigts, il vit cette image qu’il n’oublierait jamais, qu’il chercherait à retrouver les jours et les semaines suivantes, en travaillant dans cet état fébrile, de transe, où il avait toujours peint ses meilleurs tableaux. Une image qui, malgré le temps passé, resterait vive dans sa mémoire comme un de ces moments privilégiés, visionnaires, de sa vie à Tahiti, quand il avait cru toucher, vivre, ne fût-ce que quelques instants, ce qu’il était venu chercher dans les mers du Sud, ce qu’en Europe il ne trouverait plus jamais parce la civilisation l’avait anéanti. Sur le matelas, au ras du sol, nue, sur le ventre, ses fesses rondes et dressées et le dos un peu courbe, tournant à moitié son visage vers lui, Teha’amana le regardait d’un air d’épouvante infinie, les yeux, la bouche et le nez froncés dans une grimace de terreur animale. Ses mains furent moites de peur. Son cœur battait, emballé. Il dut lâcher l’allumette qui lui brûlait les doigts. Quand il en gratta une autre, la jeune fille gardait la même position, la même expression, pétrifiée de terreur.
- c’est moi, c’est moi, Koké, la rassura-t-il en s’approchant d’elle. N’aie pas peur, Teha’amana.

 

 
 

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#ExpoGauguin

Auteur
Nathalie Gillart

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