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Science & conscience

jeu, 23/05/2013 - 17:15 -- celine




En 1953, le neurophysiologiste américain William Grey Walter développe dans son ouvrage The Living Brain le principe d’une gouvernance électrique des émotions. Pionnier de l’encéphalographie et de l’électrothérapie, le chercheur s’intéresse aux ondes alpha et plus particulièrement aux liens entre stimulation électrique et modification des comportements. Expérimentant l’action de la perception sur l’affect, sa méthodologie s’appuie sur les travaux du psychologue britannique Kenneth Craik, précurseur dans le domaine des sciences cognitives. Selon la thèse avancée, le cerveau, en véritable radar, possède un système de reconnaissance qui réagit aux signaux optiques.

Les plasticiens de l’art lumino-cinétique s’inscrivent dans le prolongement de ces recherches, cherchant à concevoir des dispositifs visuels aptes à explorer les diverses possibilités d’action sur le champ mental. Ils utiliseront largement les jeux de miroirs, les lampes électriques, la synchronisation du mouvement et de la lumière pour susciter un effet d’hypnose. En interagissant de la sorte sur les niveaux de conscience, ils aspirent à produire des résultats physiques immédiats, dans une optique quasi hallucinatoire. Les moyens mis en œuvre sont multiples : pulsation, fréquence visuelle, flash stroboscopique…

L’influence de la lumière est connue. L’exposition à certains rayons procure un sentiment de bien-être. On a pu constater combien son action se révèle bénéfique sur l’état d’esprit, la santé. Utilisée dans le traitement de pathologies, la luminothérapie a ainsi fait la preuve de son efficacité. En tant que sources lumineuses, certaines œuvres peuvent susciter un choc, un rejet en réaction à la forte intensité qui s’en dégage. A l’opposé, d’autres plongent le spectateur dans un état volontiers contemplatif, telles les  fascinantes installations de James Turrell. On pense aussi à la « Dreamachine » de Brion Gysin, conçue avec le scientifique Ian Sommerville. Destinées à plonger le cerveau dans un état de détente, ses impulsions lumineuses à travers un cylindre en rotation donnent forme à « un kaléidoscope multidimensionnel tourbillonnant à travers l'espace » pour mieux recréer, sous les paupières du spectateur, l’expérience d’un « déchaînement transcendantal de visions colorées ».

Pour l’historien d’art Arnauld Pierre : «  Les dispositifs de  Nicolas Schöffer sont des dispositifs invasifs. La lumière, pulsée ou brassée est censée avoir des effets bénéfiques sur la mécanique neurale pour toucher directement les centres de la perception. » Autant dire la rencontre de la cybernétique, de la technologie, des travaux les plus en pointe sur la perception avec la dimension émotionnelle, sensible. Jusqu’à la sensualité. Pour Pascal Rousseau, Schöffer « rejoint de nombreux acteurs de la scène alternative psychédélique, adeptes d’une euphorie électromagnétique des corps et des consciences. »

Auteur
Par Stéphane Renault, journaliste, critique et historien d’art

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