Bill Viola et la Renaissance italienne

Bill Viola et la Renaissance italienne

Au fil de sa carrière, Bill Viola semble avoir accordé une attention de plus en plus grande à la peinture. Plus que par sa formation artistique, c’est son expérience directe des œuvres de la pré-Renaissance italienne ou des grands maîtres européens et l’émotion qu’elles purent lui procurer qui le marque durablement.
1 April 2014
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Mickaël Pierson
Bill Viola, The Quintet of the Astonished, 2000 © Bill Viola Studio / photo Kira Perov

Dès 1988, il reprend la célèbre gravure de Goya Le Sommeil de la raison engendre des monstres (1797-1798) avec l’installation The Sleep of Reason où le visiteur est plongé dans les visions angoissantes d’un rêveur. A plusieurs reprises, des tableaux lui serviront d’inspiration. The Quintet of Astonished (2000) évoque à la fois L’Adoration des Mages de Mantegna (1495-1505) et Le Christ aux outrages de Bosch (1490-1500). Avec cette série des Passions, il s’agit bien moins d’une mise en mouvement de la peinture que d’une étude des expressions humaines que l’artiste poursuit dans de nombreuses œuvres (Four Hands, 2001, aussi présente dans l’exposition). Un bref instant est ralenti sur une durée bien plus longue.

Jérôme Bosch, Le Christ aux outrages, XVe siècle © The National Gallery, Londres, Dist. RMN-Grand Palais / National Gallery Photographic Department (Le Couronnement d'épines),



Bill Viola filme avec un nombre d’images par seconde supérieur à la vitesse de projection, puis projette ces images à la vitesse normale ce qui donne cette impression d’un déroulement très lent de l’action. L’extrême ralenti de l’image n’a ici rien de sensationnel ou de spectaculaire. Il permet de porter un regard différent, nouveau sur les tensions qui animent les visages et les gestes. Si l’on ne peut véritablement parler de tableau vivant, tant par la référence iconographique que par le format proche des œuvres qui l’inspirent, Bill Viola produit des tableaux technologiques. Il parle ainsi de l’installation Going Forth By Day (2002) comme d’un gigantesque cycle de fresques numériques en cinq parties. Les projections se déploient le long des cimaises comme les peintures sur les murs de la chapelle Scrovegni de Giotto à Padoue (1303-1305) qui marqua tant l’artiste.

Les triptyques et polyptyques de la peinture mystique sont souvent repris dans ses installations, moins pour leur dimension religieuse que comme référence à la manière occidentale de penser et lire les images. Dévoilant sur cinq écrans, plusieurs épisodes de la vie d’une femme, Catherine’s Room (2001) adopte une composition similaire à celle des prédelles* de Sainte Catherine de Sienne et Quatre Sœurs du Tiers-Ordre Dominicain d’Andrea di Bartolo (1393-1394). Ces vidéos et installations, le plus souvent détachées de tout prétexte narratif, organisent la rencontre avec des corps qui se déploient avec lenteur et précision. Il est alors moins question de reconstituer un récit chez Bill Viola que d’expérimenter une durée, troublante et sensuelle.
 
*La prédelle est la partie basse d’un retable
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- 30 April 2014
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