Beau ou laid cet animal ?

Le billet du commissaire, par Emmanuelle Héran
8 juin 2012
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Insectes et araignée (détail) Jan Van Kessel, musée des Beaux-Arts de Strasbourg, Photo M. Bertola

Depuis toujours, une question m’obsède : pourquoi trouve-t-on tel animal beau ? et au contraire tel animal laid ? En travaillant sur l’art animalier, je me suis rendu compte que certaines espèces étaient dominantes, comme les félins, tandis que d’autres étaient exclues du bestiaire, comme les rats, les souris, les insectes, les araignées, les serpents... Michel Pastoureau a beaucoup creusé cet aspect dans ses études magistrales sur l’art médiéval en montrant l’ancienneté de la valeur symbolique, souvent négative, de certaines bêtes. Permettez-moi d’évoquer ici un souvenir personnel. Quand j’étais enfant, j’étais très phobique de toutes sortes d’animaux. Je vivais pourtant à la campagne, donc au contact quotidien de nombreux animaux que j’aimais, mais on ne m’a pas expliqué certains animaux, surtout les petites bêtes, prétendument nuisibles ou laides. Un jour, mes parents m’ont offert un livre intitulé « Les animaux qui travaillent », qui expliquait comment une araignée tisse sa toile ou un bombyx son fil de soie, montrait les extraordinaires nids architecturés de certains oiseaux, etc. Ce fut la révélation : j’ai pris conscience de l’intelligence animale et aussi de l’interaction entre l’homme et l’animal. Je suis certaine que les zoophobies, comme on dit, ont pour origine l’ignorance, les préjugés sur les « bêtes » - un terme révélateur -,  convaincue que nos phobies sont essentiellement culturelles. Certains artistes ont été fascinés par les animaux réputés laids. Les insectes, par exemple, sont présents dans l’exposition par des œuvres d’une précision confondante, peintes par Jan van Kessel et Jacob de Gheyn – grâce à de très beaux prêts. Nous sommes au XVIIe siècle, on a la manie de la collection, on recherche les naturalia, on les recueille dans la nature, on les fait sécher et on les conserve dans des cabinets de curiosités. On invente aussi le microscope, qui rend l’infiniment petit enfin accessible. A cette époque, ne l’oublions pas, les mentalités occidentales sont chrétiennes. Les merveilles que le microscope révèle renforcent l’admiration que les hommes ont pour tous les aspects de la Création. Ces études d’insectes de Van Kessel et De Gheyn sont à l’origine un hymne à la gloire de Dieu, le Créateur, qui a mis de la beauté en toute chose, y compris dans l’infiniment petit. (Pour approfondir : découvrez notre programmation culturelle riche et variée : débats, documentaires, films...autour de l'exposition Beauté animale au Grand Palais)

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