Bill Viola : Cycle de l’existence

"Peut-être que le plus étonnant dans notre existence individuelle, c’est sa continuité. C’est un fil qui ne se coupe pas – nous vivons le même moment depuis la première minute de notre conception." Bill Viola
25 mars 2014
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Mickaël Pierson, Historien d'art
Bill Viola, The Dreamers (détail), 2013, installation vidéo sonore, sept écrans plasma verticaux, quatre canaux stéréo, en continu, performeuse : Madison Corn, Collection Pinault, Photo Kira Perov
Expérience de la durée, la vidéo est un moyen privilégié pour la mise en scène du temps qui passe. C’est toute une journée qui se déploie sur les cinq écrans qui constituent Catherine’s Room (2001).
Du lever au coucher, on découvre les diverses activités qui occupent la sainte à mesure que la lumière croît puis décroît. Mais la lucarne qui ouvre sur le ciel dévoile une tout autre temporalité : ce sont les saisons qui défilent, une branche fleurissant avant de voir ses feuilles tomber jusqu’à disparaître dans la dernière image. D’une seule journée, Bill Viola nous conduit à une méditation sur l’existence. Les âges de la vie sont ainsi souvent présents dans les œuvres de l’artiste. Ce sont des êtres de tous âges et toutes origines qui sont paisiblement immergés dans The Dreamers (2013).

Si rien ne l’indique, les deux hommes dont les chemins se séparent dans Walking on the Edge (2012) pourraient bien être un père et son fils. De même, une femme transmet un secret à une plus jeune durant The Encounter (2012). Cette notion de la transmission semble fondamentale pour l’artiste. Four Hands (2001) montre sur quatre écrans des mains d’âges différents : une grand-mère, un couple et leur enfant. Heaven and Earth (1992) voit les reflets de la mère de l’artiste mourante et de la naissance de son second fils indissociablement se mêler. Mais Bill Viola n’envisage pas seulement la transmission au sein du cadre restreint de la famille. Il l’étend à l’humanité entière formant une chaîne ininterrompue à l’image de l’incessant défilé des corps que montre The Path, la plus vaste des projections de Going Forth By Day (2002). Les images allégoriques de l’installation proposent un parcours de la naissance (Fire Birth, une image que le visiteur est amené à traverser pour pénétrer l’installation) à la renaissance (First Light). Occupant les quatre murs d’une salle, l’installation évoque un cycle en perpétuel recommencement dont la mort (The Voyage) n’est pas le terme mais l’un des états.

Si les corps questionnent leurs propres fins (Man Searching for Immortality/Woman Searching for Eternity, 2013) ou tentent de s’y soustraire (Nine Attempts to Achieve Immortality, 1996), le passage de vie à trépas se fait aussi fluide que la traversée d’un écran d’eau : franchissant l’onde, les corps des Three Women (2008) passent du noir et blanc à la couleur, de l’inexistence à la vie avant de replonger dans l’ombre. Inlassablement, ces phénomènes se répètent chez Bill Viola, soulignés par la mise en boucle des vidéos dans les expositions qui inscrit les personnages de l’œuvre dans un éternel présent.

*Citation de Bill Viola, « Y aura-t-il copropriété dans l’espace de données ? », Communications, n°48, 1988, p.61.
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