Diego Velázquez ou le réalisme sauvage : le film disponible en DVD

Après sa diffusion sur Arte, le film Diego Velázquez ou le réalisme sauvage est disponible en DVD. Pour l'occasion, rencontre avec le réalisateur Karim Aïnouz.
27 mars 2015
|
Nathalie Gillart

Le film débute sur un générique qui pourrait devenir un titre de slam : un texte ciselé, lu par Arthur H, libère une voix profonde, rocailleuse sur une musique hypnotique et minimaliste. La Vénus au Miroir se livre lentement avec une sensualité palpable qui saisit le spectateur, contemplatif. On dirait presque qu’un lourd parfum capiteux s’en dégage… 


                                                                 
Né d’une mère brésilienne et d’un père algérien, le réalisateur Karim Aïnouz a grandi au brésil, vécu trois années en France, puis à New York. Il est aujourd’hui installé à Berlin. Son langage fait le pont entre les cultures en passant par l’Imaginstantanée comme une photo, animée comme un film, construite comme une œuvre d’architecture ou enfin, peinte comme une toile. 

Architecte de formation, photographe et réalisateur de fictions et documentaires, il est l’auteur de nombreuses réalisations dont le film-culte Madame Satã. Des longs métrages plusieurs fois récompensés dans différents festivals (O Céu de Suely ,Viajo Porque Preciso, Volto Porque te Amo, la Falaise argentée…)
Rencontre.
 

Karim Aïnouz © Joe Dilworth
Vous êtes réalisateur de fictions, mais aussi de documentaires. Ce mélange des genres apporte une narration poétique et intime à votre film, qui nous a surpris et enchanté. C’est votre premier documentaire d’Art ?
 

Presque ! L’an passé en 2013, j’ai collaboré à un film les Cathédrales de la Culture, un projet de Wim Wenders réalisé avec cinq autres cinéastes. Un film en 3D consacré à l’âme des bâtiments. En tant qu’ex-architecte, c’était très intéressant pour moi mais c’était un travail collaboratif.
Là pour Diego Velázquez, on m’a proposé de réaliser librement un film sur l’œuvre d’un peintre. J’ai accepté avec un grand plaisir, tout en le considérant comme un défi ! Je ne voulais pas faire un documentaire classique, lourd en informations sur l’histoire de l’art mais plutôt un essai, plus une fiction qui pourrait davantage séduire le spectateur.  Je voulais donner envie de voir Velázquez plutôt que de l’expliquer.
 
Quels sont les aspects essentiels à retenir de cepeintre ?


J’adore la peinture, je connaissais bien sûr Velázquez mais sans être vraiment intime avec lui. Pour apprendre à le connaitre, je suis parti en Espagne, là où il a vécu et où il est largement exposé. J’y suis allé l’esprit ouvert et curieux, à la découverte d’un nouveau monde, le sien. 
Je l’ai rencontré à Séville où il est né, puis à Rome pour comprendre ce qu’il a ressenti là-bas et comment il a pu saisir le monde. Je l’ai rencontré enfin au musée du Prado, devant ses toiles. Ses portraits ont provoqué une grande émotion et c’est à ce moment-là que mon travail a commencé. Les peintures de Velázquez suspendent le temps et l’espace ; les mises en scène incroyables sont travaillées, réfléchies. Pour son époque, Velázquez était très moderne, voire pionnier. Alors que les tableaux de l’époque Renaissance s’intéressaient à des sujets religieux, représentaient le sacré et la perfection, les yeux des personnages souvent levés vers le ciel ; les portraits de Velázquez, eux, offrent un regard droit, direct, et semblent nous regarder. Un regard humain, brut, fort en « réalisme sauvage » (cf. sous-titre du film) qui cueille le visiteur et le saisit.
Pour moi, en plus de la grande maitrise technique de sa peinture, Velázquez a su saisir l’instantané, 250 ans avant l’apparition de la photographie !
 
Comment avez-vous abordé la peinture de Velázquez ?


Au départ, j’ai eu un double questionnement : qu’est ce qui, chez Velázquez, m’intéresse, m’enchante et touche mon cœur ? Et d’autre part, qu’est-ce qui va intéresser les spectateurs ?
J’avais envie de toucher les jeunes. Je savais que c’était par l’émotion. Le défi était de traduire l’émotion qui nous prend devant un tableau réel, sensuel.
 
Vous avez d’autres supports de création ?

Je fais surtout des longs métrages ; Le dernier est Praia do Futuro sorti en France en décembre 2014. Les longs métrages représentent un gros travail et je ponctue mes fictions avec des essais, des photographies et des installations aussi. Ce sont comme des respirations, qui me permettent de me concentrer différemment. Je travaille actuellement sur un livre qui réunira mes photos.
 
La musique est très présente et répond parfaitement au texte et aux images
?

Toute la musique est originale à 90 % (les 10 % sont de Jose marin et Pablo Bruno). Elle a été composée par Burak Özdemir, un musicien turc très jeune qui vit aussi à Berlin comme moi. C’est un compositeur de musique baroque mais moderne. Il a fait un travail magnifique. Je cherchais un musicien qui puisse autant suggérer Velázquez en son temps qu’introduire le narrateur du film, qui vit en 2015. Un pont entre les siècles pour un Velázquez moderne.

______________________________

Arthur H porte la voix du narrateur. Sa voix épouse magnifiquement l’image du film et accompagne la profondeur et la sensualité des couleurs et des images. Nous sommes allés à sa rencontre au sujet du film :

J’aime entendre et raconter des histoires. Il n’y a de plaisir plus grand à laisser partir son imagination. J’ai donc accepté avec grand plaisir de prêter ma voix à ce film. Ce film m’a touché car la camera nous fait pénétrer dans les tableaux et rencontrer l’intimité de cet artiste, comme s’il était vivant. On s’imagine l’artiste et l’homme à son apogée, avec ses problèmes…

Bientôt une chanson inspirée d’une toile de Velázquez ?

J’ai déjà fait une chanson sur Jean-Michel Basquiat (titre : Basquiat) ! Je trouve qu’il y a une grande proximité entre la musique et la peinture. Quand je parle de musique, j’en parle souvent sous forme de couleurs et de vibrations. Ce sont pratiquement les deux arts les plus proches. Donc, il n’y a aucune raison que je ne fasse pas un jour une chanson sur Velázquez …
 


Edition Ó 2015 – Rmn-Grand Palais / ARTE 
Coproduction Ó 2014 -  LES POISSONS VOLANTS, Arte France, RMN-Grand Palais
Langues : Français – Anglais – Allemand - Sourds et malentendants (Fr)

DVD Disponible à la vente sur notre boutique de musées 
 
Film disponible en VOD

 

Mots-clés
A lire aussi

Notre sélection pour célébrer Degas

- 27 septembre 2017
A l'occasion du centenaire de la mort d'Edgar Degas en cette année 2017, découvrez notre sélection pour petits et grands pour vous (re)plonger dans son oeuvre !
Tout le magazine