Fantin-Latour : La famille Dubourg

En 1878, si la réputation de portraitiste d’Henri Fantin-Latour n’est plus à faire, cette grande toile n’en constitue pas moins un jalon important dans l’œuvre du peintre et dans sa reconnaissance.

23 décembre 2016
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RMNGrand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski


On retrouve ici ses beaux-parents (qu’il peint pour la première fois) ainsi que son épouse Victoria et sa belle-soeur, Charlotte Dubourg. « Nous connaissions déjà quelques-uns de ces braves visages et nous voyons avec plaisir qu’ils ont conservé leur sérénité », commente Paul Mantz dans Le Temps. La nature de la relation qui lie les deux femmes n’en reste pas moins énigmatique, Fantin choisissant comme à son habitude de juxtaposer les solitudes plutôt que de créer une réelle dynamique de groupe. Une fois encore, Charlotte apparaît comme la figure émancipée de la famille, vêtue d’un manteau, la tête déjà couverte, les mains déjà gantées, prête à sortir quand le reste de la famille semble sagement installé pour une longue et muette séance de pose. Quelques années plus tard, c’est à sa seule belle-sœur, immobile certes mais plus indépendante et revêche que jamais, qu’il consacre un admirable portrait, à la croisée de l’intime et du sophistiqué.
 














 



L’indépendance d’esprit de Fantin
Le premier dessin préparatoire connu du tableau donne à penser que la composition s’est mise en place très vite le jour de la Toussaint, en 1877, ce qui éclaire le choix des tenues de deuil et la gravité de l’atmosphère. Si quelques esprits chagrins déplorent la morosité des figures, certains critiques se montrent en revanche sensibles à la radicalité subtile du travail de Fantin : « Je ne sais pas si l’on trouverait chez aucun autre un aussi complet dédain de la mise en scène, de la pose, de la recherche, s’interroge ainsi Eugène Véron dans L’Art. Il faut même avouer que M. Fantin-Latour pousse cette qualité jusqu’à l’exagération : […] à force de dédaigner la pose, il arrive à négliger la composition7. » Il est vrai que cette œuvre, plus que n’importe quelle autre, révèle l’indépendance d’esprit de Fantin, l’audace avec laquelle, à l’égal d’Edgar Degas ou d’Édouard Manet8, il contribue sans y paraître à révolutionner le genre très codifié du portrait de famille et, au-delà, du portrait en général.

 

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