Fragonard et l’imagerie licencieuse

À partir de la Régence (1715-1723), une grande partie des élites françaises adoptent le “libertinage”...
2 novembre 2015
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Jean-Honoré Fragonard, Les Amants heureux © collection George Ortiz / photo Maurice Aeschimann
Les sphères littéraires et artistiques en sont profondément affectées. Les livres lascifs illustrés et les gravures licencieuses, diffusés sous le manteau, connaissent un succès sans précédent. Apparaissent aussi des espaces privés dévolus à la consommation du plaisir : “boudoir” au sein de la demeure et “petite maison”, résidence construite à la périphérie de la capitale où selon les mots de Crébillon, le “libertin veut cacher sa faiblesse ou ses sottises”. Les peintres participent au décor de tels espaces, tel Jean-Baptiste Pater ou François Boucher. On sait même que certains bordels de luxe, tel celui tenu par Marguerite Gourdan, rue Saint Sauveur à Paris, disposaient d’un cabinet de peintures et d’estampes érotiques.

La genèse de telles œuvres est toujours tenue secrète. Commandes très privées, elles sont le fruit de discussions spécifiques entre le peintre et son commanditaire. Ceux-ci sont des privilégiés : financiers, aristocrates, courtisanes sans doute. Au cours des années 1760-1770, Frago s’impose comme le ténor incontesté de cette veine.



Je peindrais avec mon cul”.
Selon un témoignage rapporté seulement au XIXe siècle, Fragonard aurait déclaré “je peindrais avec mon cul”. Et en effet, par sa technique si démonstrative et comme effusive, le peintre parvient à confondre l’enthousiasme de l’inspiration artistique et celui de la fusion érotique. Par la fluidité du lavis ou la vigueur des coups de pinceau largement empâtés, qualifié de “tartouillis” par ses détracteurs, Frago suggère la confusion paroxystique des émotions. Il use ainsi de tous les pouvoirs suggestifs de son art, capable de tromper les sens et d’exalter l’imaginaire.

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