Hokusai, une histoire française

Lorsque le Japon, en 1868, s'ouvre officiellement au monde extérieur, Hokusai est déjà mort depuis près de vingt ans, mais son œuvre a franchi les frontières et rencontré un nouveau public.
21 octobre 2014
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Sylvie Blin
Félix Bracquemond, service Rousseau à peigné, assiette montée, Paris, musée d'Orsay, Photo (C) Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt
Dès1856, Félix Bracquemond copiait l'un de ses dessins pour le service de porcelaine réalisé pour Eugène Rousseau (Musée d'Orsay), et ouvrait ainsi la voix à la vogue du japonisme. Loin d'être une simple mode exotique de plus, l'influence de l'art japonais en général et d'Hokusai en particulier va se diffuser chez nombre d'artistes français, particulièrement réceptifs à son style. Un engouement soutenu et relayé par quelques critiques et collectionneurs comme Samuel Bing, Philippe Burty ou Edmont de Goncourt, auteur d'une première biographie de l'artiste nippon, et par l'Exposition Universelle de 1878.



















Dédaigné par l'intelligentsia de son pays d'origine, qui le trouve trop « populaire », Hokusai est très admiré en France et ses estampes très recherchées par les peintres. Claude Monet en est particulièrement féru, au point d'en orner les murs de sa maison de Giverny et de s'en inspirer largement dans son oeuvre. Comme Hokusai, il entreprend plusieurs séries de tableaux sur un seul et même motif – cathédrale de Rouen, peupliers – saisi à différentes heures du jour ou à divers moments de l'année. Il crée son jardin à l'image d'une estampe d'Hokusai, en y intégrant le fameux pont japonais, directement inspiré du maître du Manga, et réalise le portrait de Camille, sa première épouse, posant, telle une geisha, vêtue d'un kimono et munie d'un éventail (Boston, Museum of Fine Arts).

Claude Monet, Cathédrale de Rouen, le portail, soleil matinal harmonie bleue, Paris, musée d'Orsay, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Claude Monet, Cathédrale de Rouen. Le portail et la tour Saint-Romain, effet du matin, harmonie blanche, Paris, musée d'Orsay, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Droits réservés
Claude Monet, La cathédrale de Rouen. Le portail et la tour Saint-Romain, plein soleil, Paris, musée d'Orsay, Photo (C) Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt








A la même période, Vincent Van Gogh affiche lui aussi un attrait particulier pour l'art d'Extrême-Orient, en affirmant vouloir trouver dans le Midi la « lumière du Japon », qui doit selon lui régénérer l'art occidental. Collectionneur invétéré d'estampes, il les copie et les insère dans ses tableaux, comme dans le portrait du Père Tanguy (musée Rodin). Un peu plus tard, c'est Pierre Bonnard, surnommé le « Nabi très japonard » par ses congénères, qui reprend certains principes nippons de composition dans ses panneaux décoratifs et ses paravents. Cette vogue se poursuit jusqu'au début du XXe siècle avec l'Art Nouveau, puisant aux sources nippones une partie de son inspiration.

Sylvie Blin
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