Hommage au portrait

Loin d'avoir été un portraitiste mondain ou officiel, Vallotton a néanmoins peint de nombreux portraits tout au long de sa vie. A commencer par ses propres autoportraits, reflets de l'état d'esprit du moment, inquiet et mélancolique à ses débuts, ou plus optimiste (« Autoportrait » de 1897) quand enfin se manifeste le succès.
13 novembre 2013
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Sylvie blin, journaliste et historienne de l'art
Félix Vallotton, Portrait de Madame Vallotton, 1885, huile sur toile, Bordeaux, musée des Beaux-Arts, acquis en 1997 avec la participation du FRAM-Aquitaine © Rmn-Grand Palais / Michèle Bellot

Le portrait est parfois pour lui l'occasion de rendre hommage à ceux qu'il admire: avec Gertrude Stein, il avoue sa dette envers Ingres et son « Monsieur Bertin », icône de la bourgeoisie triomphante du XIXe siècle. En reprenant les mêmes attitude, composition et palette que son illustre aîné, il affirme l'importance à ses yeux de son modèle, défenseur d'un art d'avant-garde auquel, pourtant, il n'adhérait pas toujours. Avec « Les Cinq peintres », il ajoute un chapitre à ce qui, depuis « L'Hommage à Delacroix » de Fantin-Latour, est presque devenu une tradition picturale: la réunion d'artistes comme manifeste artistique, avec ici les Nabis Bonnard, Vuillard, Cottet et Roussel. Rien de vraiment nabi pourtant, dans ce « collage » de personnalités très différentes et comme isolées, malgré la gestuelle très appuyée des mains, qui semble vouloir nous faire croire à une conversation muette. Et les sévères costumes noirs font ici plutôt penser aux maîtres hollandais du Siècle d'or, portraitistes d'une bourgeoisie prospère derrière une apparente austérité.

Vallotton n'est pas forcément plus tendre avec ses proches, comme les frères Natanson, qui l'accueillirent à bras ouverts à La Revue blanche. La même palette réduite à quelques tons de brun, le même dessin appuyé trahissent là encore l'admiration de Vallotton pour des maîtres anciens comme Cranach. Et même le portrait de sa femme Gabrielle, par son classicisme quelque peu austère, peine à exprimer l'affection du peintre pour son épouse, plus sensible dans de pudiques  scènes intimistes. Vallotton ne se laisse pas facilement rattraper par l'émotion ou par sa sensibilité, qu'il répugne à laisser voir.
Cette pudeur excessive s'atténue au fil des ans, dans des portraits de facture assez classique, mais à la palette plus chatoyante. La robe de satin jaune de « L'Africaine », et plus encore la flamboyante « Roumaine en robe rouge » parviennent enfin à révéler les talents de coloriste de l'artiste.
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