Hopper ou la quête de soi

21 novembre 2012
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Par Stéphane Renault, historien de l’art, critique, journaliste pour Beaux Arts magazine et l’Express.

La peinture de Hopper excelle à camper une ambiance, oscillant entre maîtrise parfaite des formes et mystère. Non sans une forme d’introspection.

Autoportrait (1925-1930) Edward Hopper - New York, Whitney Museum of American Art, legs de Josephine N. Hopper

Intérieur nuit. Des atmosphères dignes d’un scénario. Ou encore, baignant dans cette lumière de Nuit américaine à laquelle Truffaut rend hommage dans un film éponyme. De ses peintures, Hopper aimait à dire : « ça parle de moi ».

Il y a, bien sûr, son Autoportrait (1925-1930). Plus largement, peindre, c’est à ses yeux partir dans l’exploration de son moi intérieur, un océan immense et fluctuant qu’il n’a eu de cesse d’explorer. S’il peint l’extérieur, c’est l’œil tourné vers l’intérieur. Nombre de ses tableaux sont des vues de l’extérieur vers l’intérieur. Une évidente métaphore.

Sa peinture transcende les apparences. Là réside précisément sa force. Hopper rappelle dans un entretien filmé ces mots de Renoir : « Il y a dans la peinture quelque chose d’essentiel, qu’on ne peut expliquer. » On traverse la plupart de ses tableaux d’une fenêtre à l’autre.

Par ces espaces, l’œil refait le parcours du peintre. Dans ses toiles, les fenêtres sont des trous, sans différences entre dehors et dedans. Sans vitres. Hopper confia : « Je suis hanté par les intérieurs citadins, sans trop savoir pourquoi. Peut-être pour tenter d’embrasser l’universel, la ville entière et non seulement certaines parties, certains détails. » Voyeurs malgré nous de ces vies immobiles, figées, pétrifiées, nous sommes les spectateurs impuissants de ces chambres, appartements et bureaux peuplés de solitudes. Des êtres plongés dans leur monde. Sous une apparente quiétude, dans un silence dont on ne sait jamais vraiment s’il est propice à la méditation ou la marque d’une profonde angoisse. Montaigne écrit dans ses Essais : « Qui se connaît, connaît aussi les autres, car chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition ». En se cherchant dans la peinture, Hopper ne cesse de nous peindre.

 
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