Hopper, un art de l’instantané

18 janvier 2013
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Par Stéphane Renault, historien de l’art, critique, journaliste pour Beaux Arts magazine et l’Express

Connue pour ses références au cinéma, qu’elle a à son tour influencé, la peinture de Hopper est marquée par la photographie : sujets, cadrages, lumière. Manière de figer le temps, capter des moments fugitifs. Et au-delà du silence, de la solitude, la vie même.

L'instant présent. Le moment, capté dans son instantanéité. Non pas tant le fameux « instant décisif » de Cartier-Bresson qu’un temps en suspens. De ces temps dits « morts ». De là, peut-être, l’énigme métaphysique qui se dégage des mythologies américaines de Hopper. Au final, autant d’images qui renvoient à la photographie, dans sa forme comme dans son approche.

Car si la peinture de Hopper partage, on le sait, de nombreuses parentés avec le cinéma, sa perception, son rendu de la réalité se révèlent aussi particulièrement photographiques. Architectures, portraits, profondeur de champ, travail de la couleur, composition : l’art d’Edward Hopper a de toute évidence été influencé par les photographes. Avant d’inspirer, à son tour, cinéastes et photographes. Illustrateur commercial, il fut amené à travailler à partir de photographies. Dans ses premières gravures, avant même le développement de la couleur dans ses toiles, l’influence de la photographie en noir et blanc est notable.

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Edward Hopper, Lighthouse Hill, Dallas Museum of Art, gift of Mr. and Mrs. Maurice Purnell © Image courtesy Dallas Museum of Art

En outre, chez Hopper, le caractère instantané des scènes, figées, saisies sur le vif, s’accompagne d’une impression de silence. Une hypothèse a ainsi été avancée :  le lien entre le sévère problème d’audition dont souffrait l’artiste et sa préférence pour des lieux de solitude. Sa transcription visuelle de la communication, de la vie sociale, pourrait s’en ressentir. A l’évidence, sa préférence va à la contemplation solitaire à Cape Cod plus qu’à la vie mondaine. Un handicap qui a pu jouer dans sa vie et sa vision du couple.

Saisir l’instant est à la fois l’expression d’une intériorité, aux marges de l’existence, et la tentative d’exprimer la vie même. Dans une déclaration pour le magazine Reality en 1953, le peintre écrit : « Le grand art est l’expression extériorisée de la vie intérieure de l’artiste, et de cette vie intérieure résulte sa vision personnelle du monde… La vie intérieure d’un être humain est un royaume vaste et divers, que ne concernent pas seulement des agencements stimulants de couleurs, de formes et de dessins. Le terme « vie » tel qu’on l’utilise en art ne doit pas être méprisé, car il implique toute l’existence, et le domaine de l’art consiste à y réagir et non pas à l’esquiver… »

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