Hubert Felix Thiefaine inspiré par Hopper

10 décembre 2012
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Hubert Felix Thiefaine dans son dernier album Suppléments de mensonge (2011) a choisi le nom d'un tableau d'Hopper pour l'un de ses titres : Compartiment C, Voiture 293. Nous avons décidé d'évoquer avec lui ce choix et son admiration pour la peinture d’Edward Hopper ! 

Hubert Felix Thiefaine
 

 

 


Découvrez le titre Compartiment C, Voiture 293 de Thiefaine :
[audio:http://www.grandpalais.fr/grandformat/wp-content/uploads/2012/10/Thiefa…]

  • Quand avez-vous vu ce tableau la première fois ?
J’ai découvert le tableau Compartiment C, voiture 293 dans un bouquin sur Edward Hopper qui traînait chez moi. J’avais très envie d’écrire sur le peintre depuis longtemps, il a beaucoup de choses à dire. J’avais pensé à la toile Automat mais j’ai finalement choisi Compartiment C pour le thème du train, qui est très symbolique dans les chansons américaines et pour le paysage qu’on aperçoit à travers la vitre.  Dans les scènes d’Hopper, il y a toujours un petit rappel de la nature.  
  • La toile a d’abord inspiré la musique ou les paroles de la chanson?
La musique, je l’avais déjà… avant d’écrire. C’est un ami bassiste qui l’avait composée et me l’avait envoyée pour que je fasse les paroles. C’est celle-ci que j’ai utilisée sur ce thème.  
  •  Qu’est-ce qui vous touche chez Hopper ?

Dans les toiles d'Hopper, je retrouve l’univers de certains romanciers descriptifs de l'entre-deux-guerres comme William Faulkner, ou encore John Updike. Je retrouve en Hopper la nostalgie d’un pays inconnu... découvert à travers des romanciers ! Chez Hopper, on retrouve beaucoup de mélancolie que je partage. Ses paysages sont plein de soleil, mais d’un soleil triste, mélancolique comme je l’aime. Et puis, il y a cette solitude. La toile People in the sun : ce sont cinq personnages qui prennent le soleil. Ils sont seuls… ensemble. C’est la même chose pour les tableaux qui représentent des couples, où chacun est seul de son côté, comme le tableau Room in New-York.

Pour Compartiment C, la femme est très seule aussi. Même les maisons d'Hopper synthétisent la solitude : elles sont souvent différentes mais toutes sont isolées, sans détail ni nature autour, rien qui traîne. Et c’est tout ce qui en fait la beauté. C’est une solitude que j’aime partager avec lui. Son univers contient beaucoup de silence.  Et cette addition, au bout, procure une immense liberté. En regardant ses toiles, de profonds soupirs de soulagement nous viennent. 

  • Ce titre appartient à l’album Suppléments de mensonge. L’Art est-il mensonge ?

Mais tout est mensonge ! Ce titre vient d’un paragraphe de Nietzsche et sa traduction m’a intéressé. Il s’agissait d’expliquer combien les bourgeois du XIXe préféraient leur vie plutôt que la réalité. Mais ce n’est pas notre sujet…Un humain, c’est trop peu de chose... La vérité change à tout moment, une vérité aujourd’hui peut être un mensonge demain. L’intelligence humaine n’est pas assez développée et se crée des mythes. Et l’artiste est peut-être le plus proche de la vérité, par l’intuition. Il sort des doctrines. 

  • La peinture est-elle pour vous une source d’inspiration ?

Oui, bien sûr. J’ai écrit Défloration 13 (album de 2001) en visitant l’atelier de mon ami Charles Belle. Nous fonctionnons de la même façon. Lui a sa toile blanche, moi ma page blanche !

J’ai fait de la peinture au tout début mais elle me salissait les doigts… et comme je suis plutôt maniaque, j’ai changé d’art…  C’est dans la chanson que je me suis le mieux débrouillé. Etre artiste, ça sonne de l’intérieur et au début, il est difficile de savoir comment faire jaillir cette résonnance. On essaie la photographie, le roman, la peinture… jusqu’à trouver le médium idéal. Mais, au bout du compte, on a toujours la nostalgie des arts abandonnés !

J’aime autant, sur la toile que sur la page, les zones d’ombre, les silences, les mots cachés comme les clairs obscurs… qui amènent le public à s’interroger. 

  •  Vous viendrez visiter l’exposition au Grand Palais ?

Oh oui, je viendrai. Je suis un amateur d’art frustré ; je n’ai jamais vu d’œuvres originales d'Hopper. Ce sera l’occasion. Les paysages et personnages des toiles de Hopper nous interrogent tant ; ils sont si mystérieux et donnent envie d’en savoir davantage…   Découvrez la prochaine tournée d’Hubert Félix Thiefaine sur www.thiefaine.com



Compartiment C, car 293. E. Hopper @ Geoffrey Clements / Corbis

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