Jean Paul Gaultier travaille : le documentaire disponible en DVD

Un film inédit mettant en scène Jean Paul Gaultier qui recompose devant la caméra plus de douze de ses créations les plus emblématiques, avec un ton enjoué et drôle, c’est la dernière production de la Rmn-Grand Palais, Arte, Bangumi et Deralf. Diffusé mercredi 15 avril à 22h08 sur Arte.
13 avril 2015
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À la réalisation : Loic Prigent, LE journaliste mode qui réalise la série "Le Jour d’avant" ou encore "Habillés pour" avec mademoiselle Agnès, chroniqueur aussi sur le plateau de Maïtena Biraben, superstar au Japon, primé pour son documentaire Signé Chanel (2005) le plus vendu à l'étranger….
En plein montage, il a accepté un rendez-vous avec le Grand Palais qui voulait en découdre … et qui en pince maintenant pour lui !


 
Vous êtes journaliste. Comment êtes-vous arrivé à vous spécialiser dans la mode et les défilés ?
À la base, c’est un champ culturel et de divertissement qui m’intéressait déjà beaucoup. Quand Libération m’a envoyé sur un défilé, j’ai été séduit. Un attrait de la culture, une lubie même et qui est devenu au fil du temps, une expertise.
 
Vous avez une formation en couture ?
J’ai participé à faire des franges sur une robe dans un défilé, la dernière nuit avant la collection… Mais c’est ma seule expérience pratique. Non, pas de formation en couture !
 
Qu’est-ce qui vous inspire, vous nourrit dans les coulisses des défilés ou les ateliers de couture ?
Il y a d’abord la beauté… La beauté d’un vêtement, ses détails et la lumière qui l’éclaire ou qu’il renvoie et bien sûr la mise en scène d’un défilé. Même une non-mise en scène est une mise en scène ! Tout cela a un impact très fort qui crée le spectaculaire.
Il y a un mélange aussi de tension et de professionnalisme qui est passionnant. Les enjeux financiers sont importants. Les coups de génies sont possibles, comme les ratages. Tout est possible.
C’est du business et de la politique aussi parfois. Certains défilés, comme ceux de Jean Paul Gaultier, portent des revendications féministes - avec des mannequins qui ne sont pas trop maigres et de tous âges-, de la diversité ethnique qui appelle à la tolérance et la curiosité, et, si on est en Couture, de la fabrication française qui encourage le Made In France !
Les couturiers sont les chroniqueurs de leur temps ; parfois, les vanités deviennent expression artistique.
La préparation d’une collection, les défilés ne sont jamais ennuyeux car ils portent en eux plusieurs lectures possibles, passionnantes à observer. C’est toujours du plaisir.
 
De plus en plus de maisons de mode collaborent avec des artistes et les musées invitent des  créateurs à exposer leur travail, comme aujourd’hui Jean Paul Gaultier au Grand Palais. La mode, c’est de l’art pour vous?
La mode, on peut la vivre comme de l’art, et la porter comme tel. C’est ce qu’on en fait.
On peut la chroniquer, la photographier comme de l’art, la raconter dans des livres d’art… Elle devient souvent de l’art.  Aujourd’hui, l’art inspire beaucoup de couturiers, avec en plus un arrière-plan commercial pragmatique,  ce qui n’est pas une limite. Est-ce qu’un chemisier beige, c’est de l’art ? Et s’il est photographié par Helmut Newton ?
 
Quel peintre aurait pu, ou pourrait,  être un styliste, un créateur ?
Keith Haring. Il a ouvert le Pop Shop à New York sur Lafayette Street, une boutique de vêtements et d’objets qu’il avait lui-même conçus. Ses œuvres se répandent à travers le monde.
Andy Warhol aurait pu reprendre aujourd’hui une maison de styliste. Le Pop Art porte le sens de la déclinaison, sans honte du sens commercial. Il avait le sens de la publicité.
Van Dyck aurait peut-être été un bon styliste de mode, avec les reflets lustrés des tissus, les fines dentelles noir sur noir, les pliures qu’on devine sur le noir intense ; les effets de drapés sont spectaculaires.
Van Dongen aurait été bon aussi, non ? Un coloriste pareil...
Et bien sûr tous les peintres mondains du XIXème siècle ont inspiré les créateurs.
Je pense aussi à Klimt. Car en plus d’imaginer des vêtements magnifiques dans ses œuvres, il a créé une collection de robes avec sa compagne, qui était styliste, avec des motifs Art Nouveau.
 
L’habit fait-il le moine ?
Oui, sans doute… le vêtement et le style qu’on a, ou se crée, peut afficher notre vanité, notre laisser-aller, une ambition, une inventivité, la sexualité ou manque de sexualité, un état dépressif ou notre joie de vivre, notre niveau social, une origine géographique.
Etre coquet voire frivole, ce n’est pas négatif. C’est un peu le sel, voire le sucre de la vie !
 
Ça pourrait être quoi le jour d’après ?
Le jour d’après ? Il pourrait être le lendemain du lancement de la Collection d’un créateur. Une sorte de postpartum, un baby blues parfois souvent violent après les tensions et le surmenage. On peut parfois dans certains ateliers entendre la bise sibérienne…
Le lendemain, c’est souvent les grosses cernes, la critique qui tombe -bonne, mauvaise et parfois mitigée. Parfois même l’indifférence, et c’est le pire. Les prises de conscience avec des « tout ça pour ça » lancé avec épuisement. Les ventes qui suivent, la presse qui continue pour séduire…
Et recommencer tout de suite. J’ai vu des présentations faites le lendemain du lancement des collections. Le rythme est très soutenu, grisant mais épuisant. Pour cela, un Gaultier est exceptionnel dans sa longévité et sa santé. Karl Lagerfeld aussi étonne absolument tout ses collaboratrices et collaborateurs.
 
Vous êtes un peu au journalisme de mode ce que Jean Paul Gaultier est à la couture : un audacieux, moderne, léger et trublion
J’aimerais bien…Il faudra tenir sa longévité !
 
 
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