La Bohème, un mythe ?

19 octobre 2012
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Par Armelle Fémelat, historienne de l'art et journaliste pour Beaux Arts Magazine   Anticonformiste, l’artiste bohème bat le pavé, crève la faim et s’encanaille volontiers. Errant, il mène une vie sans règle, en quête d’art et de gloire. La bohème c'est le récit mythologique de la transformation du statut de l’artiste dans la société industrielle. C’est l’entrée dans la modernité de l’artiste maudit mais visionnaire. Figure de la modernité, l’artiste bohème est en quête d’une gloire rédemptrice qui peut le mener jusqu’à la folie et à la mort comme l’illustrent les exemples trop tristement célèbres de Gérard de Nerval et Modigliani. Il a définitivement rompu avec la société bourgeoise. Brandissant l’étendard de l’excentricité, il affiche sa différence et revendique son opposition à l’ordre social et aux esthétiques dominantes. Rebelle, il apparaît souvent comme un génie prophétique, solitaire et incompris à l’image de Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, duo infernal resté dans les annales tant pour leurs frasques que pour leur œuvre, immense. Plus qu’une façon de vivre, la bohème est une posture et une philosophie. Initiée à la fin du XVIIe siècle, elle éclot au milieu du XIXe. Elle atteint son apogée à l’aube du XXe et amorce son déclin durant les Trentes Glorieuses. Fille de la Révolution de 1830 et du Romantisme, elle s’épanouit entre Romantisme et Réalisme. Elle engendre des artistes en marge de la société, rejetons des mutations politiques et économiques de l’ère industrielle, à l’instar d’Erik Satie, mort dans la misère – dénommée « la petite fille aux grands yeux verts ». Apparue sous l’Ancien Régime, l’expression « vie de bohême » évoque une existence menée sans ordre ni raison. Fixé au milieu du XVIIe, le terme « bohème » est utilisé au XIXe comme adjectif discriminant pour cataloguer tous ceux qui errent en marge de la société. Il renvoie à la région du même nom et se fonde sur la métaphore du peuple bohémien. Peuple alors associé au mouvement romantique et avec lequel les Européens entretiennent des rapports complexes. Bohémiens et bohèmes partagent le même rejet de la société bourgeoise et de sa rationalité. Grand mythe fondateur de la modernité, la bohème est une construction artistique. Propre à chacun, elle est néanmoins toujours réfractaire à l’ordre établi. Cette mythologie s’est réécrite au gré des générations, avec sa dimension sacrée, ses martyrs, ses héros, ses apologies et ses iconoclasmes. Les romantiques idéalisent l’insouciance, la camaraderie, les amours tendres et les ambitions artistiques qu’elle sous-tend. En revanche, les réalistes dénoncent l’impuissance, la désillusion, le cynisme et les névroses d’échec qu’elle engendre aussi.  
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Octave Tassaert, Intérieur d'atelier, musée du Louvre © RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Jean-Gilles Berizzi  
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