La folie des grandeurs : projection gratuite ce mercredi à l'Auditorium

Mercredi 27 mai à 18h30, rendez-vous à l'Auditorium du Grand Palais pour la projection gratuite du film "La folie des grandeurs". Notre spécialiste cinéma vous dit tout sur le film de Gérard Oury.
26 mai 2015
|
Annabelle Gasquez
Synopsis : (Très) librement inspiré du Ruy Blas de Victor Hugo, La Folie des grandeurs, porté par le duo Louis de Funès - Yves Montand, demeure l’un des plus gros succès du cinéma comique français. Malgré le caractère délirant de l’intrigue et l’accumulation de gags « énormes », le film offre, par le soin apporté à la reconstitution des costumes et des décors, une représentation intéressante de la cour d’Espagne au Siècle d’Or. Comment faire la critique d’une œuvre cinématographique aussi culte que La Folie des grandeurs, vivant dans le cœur des Français comme une partie de leur patrimoine familial ? Comment, même, analyser le jeu de Louis de Funès lorsque tout a déjà été dit à son sujet ? Il faut essayer de se replonger quelques années en arrière afin de tenter de saisir la portée et la réception d’un tel film.












Quand Gérard Oury se lance dans l’aventure, avec un budget confortable, il n’en est pas à son premier coup d’essai. Déjà heureux papa du Corniaud et de La Grande Vadrouille, il semble que l’homme soit une usine à succès populaires. Cette loi officieuse du bon goût, que l’on connaît encore aujourd’hui, d’une certaine intelligentsia face à la comédie Française, existait-elle déjà ? Les commentateurs étaient-ils en proie à des aigreurs d’estomac lorsqu’il leur était demandé d’apporter une analyse sur ce type de long-métrage ? L’idole du peuple, Louis de Funès, aux côtés du réalisateur et scénariste spécialiste d’un cinéma familial ont-ils exaspéré les critiques, qui leur préféraient Godard et autres disciples de la Nouvelle Vague ? La réponse est oui.  Le cinéaste était mal-aimé, malgré la réussite en salle.

Alors, encore aujourd’hui, il serait bien sûr facile de dire que la bande-son est celle d’un Morricone du pauvre, que la recette comique a tant été cuisinée qu’il ne reste plus sur le papier que les traces de gras, que de Funès fatigue nos pupilles de ses mimiques incessantes, qu’il est triste de voir le patrimoine littéraire saccagé par le cinématographe ! Pourtant, aussi douloureux que cela puisse paraître à certains, il n’en est rien.

Gérard Oury, outre sa mauvaise réputation auprès des prescripteurs de culture, avait tout compris. En un seul long-métrage, il mélange tout le patrimoine français dans une soupe burlesque euphorique : un scénario librement inspiré du Ruy Blas de Victor Hugo – joyeux luron de l’Académie Française –, l’acteur chouchou de l’Hexagone, la bande-son de Michel Polnareff, qui n’était pas encore pote avec le bonhomme Cetelem, et bien sûr, le pastiche assumé du western spaghetti, sous-genre préféré des années 1960-1970.

Rien n’est sérieux dans La Folie des grandeurs, tout n’y est que détournements et moquerie. Dans l’Espagne fatiguée du XVIIe siècle, les clichés vont bon train. La reine allemande d’Espagne « est jolie mais elle est bête » (Karin Schubert), le bon Blaze est un nigaud au grand cœur (Yves Montand remplace Bourvil au casting, malheureusement mort quelques mois avant le tournage), Don Salluste de Bazan est un Picsou excité et incompétent (Louis de Funès), et le roi d'Espagne (Alberto de Mendoza), lui, n’est pas beaucoup plus intelligent que sa femme. Ici, on s’aime, on se hait, on s’embrasse, on se déshabille, on se bat, on chevauche de fiers destriers, on se travestit, on se chante des sérénades, on se crie dessus – dans toutes les langues – et bien sûr, on (sur)joue. À se passer des serviettes entre les oreilles, à compter ses sous, à se moquer des gens fortunés. « Sire, c’est les pauvres qui paient les impôts, pas les riches ! », s’exclame le bourgeois voyant partir son argent, impuissant. Comme si Oury avait décidé de laisser dans son œuvre davantage d’Alexandre Dumas – auquel il est fait référence avec les mousquetaires machiavéliques – que de Hugo, tout de même remercié au générique. Louis de Funès, en grande forme, nous fait penser à ces caricatures du XIXe siècle, aux têtes en forme de poire de Louis-Philippe ou à sa représentation inspirée du Gargantua de Rabelais par Daumier, sur laquelle on peut le voir engloutir goulûment des sacs d'or, précieux impôts du peuple. Soudainement animée par les gesticulations de l’acteur, il ne reste au spectateur qu’une seule chose à faire : le détester. Porté par un scénario efficace, ne gardant que les trames principales de l’intrigue théâtrale et enchaînant les quiproquos comme on enfile des perles, La Folie des grandeurs confirme le statut de son interprète principal, ainsi que celui de son réalisateur. 

Le succès populaire d’un tel film lors de sa sortie semble presque naturel. Et sa pérennité aussi, puisqu’il est encore inlassablement diffusé tous les étés sur TF1. Quelle farce inoubliable ! Car, quoique l’on en dise, des dialogues aussi bien écrits que ceux de La Folie des grandeurs, voilà quelques années que la comédie française n’en a pas entendu l’écho. Et soyons honnêtes, a-t-on vu meilleur strip- tease que celui d’Alice Sapritch, déchaînée, face à un Yves Montand médusé dans cette scène de séduction inoubliable ?


 
 


Annabelle Gasquez


Informations pratiques :

Projection le mercredi 27 mai à 18h30 à l'Auditorium du Grand Palais.
Consultez la fiche événement dans d'agenda du Grand Palais.
L’entrée à l’auditorium est gratuite. Téléchargez l'invitation ici


 
Mots-clés
A lire aussi
Tout le magazine