L'âge d'or de l'enfance

De nombreux portraits d'enfants sont présentés dans l'exposition. Le XVIIIe siècle est l'essor des sentiments et des relations personnelles dans la société anglaise, notamment grâce aux écrits de Rousseau. Découvrez deux des portraits de Reynolds, pleins d'humour et de références au passé !
28 novembre 2019
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Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on assiste à l’émergence d’une sensibilité nouvelle pour l’individu, qui se traduit dans les portraits par une attention plus grande portée à l’expression de la subjectivité du modèle. Si la volonté d’affirmation d’un statut social ne disparaît pas entièrement, elle se coule désormais dans un naturel savamment mis en scène, à travers des représentations chargées d’intimité.
Les enfants font ainsi l’objet de portraits à part, dans des œuvres qui mettent en avant la tendresse et la drôlerie du monde enfantin, et qui sont des témoignages d’une considération nouvelle pour cette période de la vie.
L’enfant n’est plus seulement le maillon d’une lignée, mais depuis les écrits de Jean-Jacques Rousseau, il est considéré comme une véritable personne, digne d’intérêt en soi.

Master et Miss Crewe par Joshua Reynolds

Joshua Reynolds, Master Crewe, en Henry VIII (à gauche) et Miss Crewe (à droite) (vers 1775), Collection particulière, en dépôt à la Tate Britain, depuis 2009, Londres

Zoom sur les portraits de Master et Miss Crewe par Joshua Reynolds

Exposé à la Royal Academy en 1776, le portrait de John Crewe (1772-1835), âgé de trois ans, est l’un des tableaux les plus admirés de Joshua Reynolds. Entouré de deux chiots assez remuants, le petit garçon sourit au spectateur. Son expression joyeuse contraste avec la sévérité du modèle dont Reynolds s’est inspiré. Son costume et sa pose très frontale, les jambes écartées, sont directement empruntés au célèbre portrait d’Henry VIII par Hans Holbein le Jeune pour la fresque de Whitehall (1537, détruite par le feu en 1698). Comme le fait remarquer à l’époque l’écrivain et mécène Horace Walpole, l’esprit et l’humour de Reynolds résident dans cette manière de transformer « l’arrogance vaniteuse et colossale d’Henry VIII en la gaieté enfantine de Master Crewe ».

Comme son frère, Frances Crewe (1767-1775 ?) est costumée, mais de façon moins évidente. À son bras, le profond panier en osier ressemble à ceux que portaient les jeunes vendeuses de fraises à Londres au XVIIIe siècle. Si le portrait de Frances Crewe s’apparente aux figures de fantaisie de Reynolds, il s’en distingue fortement par l’attitude et l’expression assurées de la fillette au regard direct et portant des vêtements coûteux, notamment une somptueuse cape de soie et de dentelle qui lui tient chaud.

Dans ces jeux de rôle, caractéristiques de ses portraits d’enfants des années 1770, Reynolds redouble d’invention et de recherche pour donner à l’art du portrait de nouvelles ambitions et l’élever au-dessus d’une simple représentation de la réalité. Ce type de peinture, faisant appel à des références et stimulant l’imagination, plaisait à une clientèle huppée et érudite, et notammentà John, 1er baron Crewe (1742-1829) et Frances Greville (1748-1818), son épouse.

Au-delà de la figure des enfants, ces portraits en disent long sur le goût des parents et leur position dans la société. Le déguisement permet à Reynolds de peindre les enfants de façon naturelle et spontanée, mais il renforce l’attrait de ces images en jouant sur la mode des bals masqués, où l’on aimait à se déguiser en Henry VIII ou à se transformer en colporteur ou en servante.
Si le portrait de John a été exposé et gravé, ajoutant à la réputation de ses parents et du peintre, celui de Miss Crewe est resté méconnu au XVIIIe siècle, et il n’est d’ailleurs pas totalement achevé : le paysage est seulement ébauché et le bras droit est peint assez grossièrement. La mort prématurée de la petite fille en est peut-être la cause et explique que Reynolds fera don du tableau aux parents.

 

Découvrez d'autres portraits d'enfants dans l'expo L'âge d'or de la peinture anglaise jusqu'au 16 février 2020

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