L'art va vous régaler ! [ Giuseppe Arcimboldo ]

Pendant le mois d’août, le Grand Palais explore la relation entre art et nourriture. Têtes composées d’Arcimboldo, traditionnelle nature morte, immortalisation de scènes du quotidien, questionnements plus profonds liés à l'alimentation… Cet été, l’art va vous régaler !
4 août 2014
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Comme disait Guy de Maupassant « Il n'y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands. On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète ». Bien avant le XVIIe siècle où la peinture flamande donne ses lettres de noblesse au genre de la nature morte, la relation art / nourriture était déjà bien présente. Le premier artiste qui nous vient à l’esprit lorsqu’on évoque ce lien, c’est Giuseppe Arcimboldo avec ses étonnants portraits construits en fruits, légumes et fleurs. 
 

L'Automne par Giuseppe Arcimboldo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Franck Raux
Ces portraits composés font partie des œuvres les plus célèbres de la Renaissance. Pourtant, ces toiles restent pour nous un mystère dont on ignore encore aujourd’hui le sens. Hommage aux puissants commanditaires ? Démonstration de la fragilité de la condition humaine ? Ces œuvres sont le fruit d’une réflexion qui s’inscrit dans le contexte historique, philosophique et scientifique de la Renaissance.
 
L’artiste milanais débute comme dessinateur de cartons de tapisserie. En 1562, il part pour Vienne et rejoint la cour de Ferdinand Ier de Habsbourg, empereur de l’empire romain germanique. C’est en Autriche qu’il développe ce genre des portraits allégoriques dont la tradition vient de l’Antiquité. En 1564, c’est Maximilien II qui succède à son père. Il commande à Giuseppe Arcimboldo une série de ces compositions pour les offrir à Auguste de Saxe en cadeau d’alliance. Les quatre tableaux qui découlent de cette commande, sont ceux qui sont aujourd’hui conservés au musée du Louvre.  
 
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L'Eté par Giuseppe Arcimboldo © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado
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Au XVIe siècle, la passion pour la nature est très forte. Les artistes font de nombreux dessins et moulages d’après nature. Mais surtout, les grandes découvertes géographiques de la Renaissance renforcent cet engouement pour les curiosités naturelles. Dans, l'Eté (ci-contre), on voit un jeune homme dont l’oreille est faite d'un épi de maïs, céréale récemment rapportée d'Amérique. L'artichaut qui sort du torse du personnage, est quant à lui originaire du bassin méditerranéen, il vient d'arriver en Europe. L’autre inspiration d’Arcimboldo pour ces compositions, est certainement à chercher dans ces origines milanaises. Sous ces portraits phytomorphes, on ressent l’influence de la caricature, genre cher à Léonard de Vinci, largement perpétué par ses élèves.
 
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L'Hiver par Giuseppe Arcimboldo © RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi
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Mais ces œuvres sont avant tout un hommage puissant à l’empereur et à sa famille. La variété des origines des végétaux représentés témoigne de l'immensité des territoires des Habsbourg. Ces amas de fleurs, fruits, légumes qui esquissent des figures humaines sont avant tout une glorification de la lignée des Habsbourg. L’utilisation allégorique des saisons sert probablement à signifier la permanence de la famille impériale.
 
La portée de ces œuvres gourmandes d’Arcimboldo est très grande. Son nom est à jamais associé à ces têtes composées. Le milanais bouscule certaines conventions esthétiques, avec un sens critique d’une grande modernité. Par leur originalité et leur signification, ces compositions ont marqués les peintres des générations postérieures. Au XXe siècle, lorsque les surréalistes redécouvrent son œuvre, ils le considèrent comme un des précurseurs de l'art moderne.


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