L'art va vous régaler ! [ La nature morte ]

Pendant le mois d’août, le Grand Palais explore la relation entre art et nourriture. Têtes composées d’Arcimboldo, traditionnelle nature morte, immortalisation de scènes du quotidien, questionnements plus profonds lié à l’alimentation… Cet été, l’art va vous régaler !
11 août 2014
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Comme disait Guy de Maupassant « Il n'y a que les imbéciles qui ne soient pas gourmands. On est gourmand comme on est artiste, comme on est instruit, comme on est poète ». Bien avant le XVIIe siècle où la peinture flamande donne ses lettres de noblesse au genre de la nature morte, la relation art / nourriture était déjà bien présente. Impossible donc de parler de ce lien sans aborder la traditionnelle nature morte et ses nombreux représentants !

Bien que l’appellation « nature morte » apparaisse au XVIIIe siècle, 
Nature morte au jambon par Floris Van Schooten © RMN-Grand Palais / Franck Raux
elle acquiert sa notoriété un siècle plus tôt dans les pays du Nord, plus particulièrement en Hollande. Ce terme désigne des compositions d’objets inertes ou de repas servis. Ces toiles sont le reflet socio-économique d’une époque, le témoignange d'une certaine prospérité. Mais ces représentations sont aussi une invitation à la consommation et à la contemplation. Véritable ode à l’opulence, ses natures mortes du XVIIe siècle sont des hymnes à la nature. Ces compositions minutieuses sont souvent liées à cette idée de vanité. Malgré la représentation d’une certaine richesse, il ne faut pas perdre de vue l’idée que la nature morte est principalement une évocation de la mort et de la nature éphémère de la vie.
 
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Panier de pêches par Jean Baptiste Siméon Chardin © Musée du Louvre, Dist. RMN-Grand Palais / Angèle Dequier
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Au XVIIIe siècle, ce thème de vanité disparait au profit de la pure sensualité des compositions de Jean Siméon Chardin. Le peintre interprète à sa façon les compositions minutieuses des Hollandais. Le velouté des pêches (ci-contre, Panier de pêches) nous fait oublier toute notion du pêché. Cette toile est la dernière nature morte connue de Chardin. Elle illustre parfaitement son habileté presque magique dans le rendu velouté des fruits. Le spectateur n’a pas plus que le choix de succomber au plaisir et visuel dégagé par les natures mortes du peintre. Chardin reste dans l'imaginaire collectif LE peintre de cette "vie silencieuse" qu'il montre avec une volupté presque charnelle. 
 
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Nature morte aux oignons par Paul Cézanne © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Ce genre considéré par l’Académie comme le moins noble, retient l’attention de nombreux artistes comme Paul Cézanne. Ce thème convient au mode de travail du peintre et à son caractère. Si bien qu’il s’exercera à la nature morte tout au long de sa vie. Le peintre est sensible à la poésie de ces objets de la vie quotidienne. Plutôt que de puiser du côté des grands peintres du Nord et de l’école hollandaise qui excellent dans ce genre traditionnel, Cézanne marche dans les pas de Chardin. On remarque notamment dans cette Nature morte aux oignons (ci-contre) l’utilisation du couteau placé en biais sur la table. Cette astuce permet de donner une illusion de profondeur à la composition. Cézanne emprunte ce procédé à Chardin qui lui-même le tient des peintres du Nord, du XVIIe siècle (voir les trois œuvres de cet article).
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La nature morte est un genre ancestral, un passage obligé pour les peintres en formation. Mais elle est bien plus que cela. A chaque époque, elle est réinventée par les artistes. Chardin se réapproprie ce modèle qui était jusque-là l'apanage des peintres du Nord, du XVIIe siècle. Et un siècle plus tard, c'est Cézanne qui s'empare de cette tradition pour la réinventer à nouveau.

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