Le Fauvisme

8 juin 2010
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En la plazza, femmes à la balustrade, Kees Van Dongen (C) ADAGP, Paris 2008 © Photo RMN - Gérard Blot

Un nom né du scandale
18 octobre 1905 : Emile Loubet, président de la République, refuse d’inaugurer le troisième salon d’automne qui s’ouvre au Grand Palais. La cause : la salle VII, qui réunit les toiles de Camoin, Derain, Manguin, Marquet, Matisse et Vlaminck, est jugée inacceptable par l’ensemble des critiques. On parle de « bariolages informes », de « brosses en délire », « de mélange de cire à bouteille et de plumes de perroquet ».
Plus particulièrement attaquée, La femme au chapeau de Matisse, quand elle ne fait pas rire, attire les foudres et les commentaires les plus virulents. Un buste placé au centre de la pièce fait alors écrire à Louis Vauxcelles : « C’est Donatello parmi les fauves ». La formule plaît tellement que la salle est bientôt rebaptisée « la cage aux fauves ». Par extension, les artistes y ayant exposé sont assimilés à cette expression et leur peinture est qualifiée de « fauviste ».
 
Un mouvement sans manifeste
Premier véritable scandale artistique du XXe siècle, le fauvisme ouvre le bal des avant-gardes. Pour autant, il s’en distingue aussi dans la mesure où il ne s’est pas constitué volontairement autour d’un manifeste (contrairement au dadaïsme, au futurisme ou au surréalisme par exemple). Bien que certains des artistes de la salle VII aient pratiqué ensemble la peinture (Matisse et Derain à Collioure, pendant l’été 1905), aucun n’a jamais revendiqué une quelconque appartenance à un mouvement constitué et régi par des principes qu’ils auraient édictés collégialement. En revanche, il est vrai que beaucoup se connaissaient (ils ont été nombreux à fréquenter les cours de Gustave Moreau à l’Académie des beaux-arts) et que certains, liés d’amitié, échangeaient fréquemment sur l’avancée de leur travail. Ainsi, en 1905, Derain écrit à Vlaminck : « Je me suis laissé aller à la couleur pour la couleur ».
 
L’explosion de la couleur et la liberté d’expression
Et, en effet, s’il est une caractéristique commune à tous ces peintres (auxquels il faut ajouter Dufy et le hollandais Van Dongen), c’est bien l’utilisation d’une couleur libérée, explosive, violente. Tous sont directement marqués par la génération précédente. Ils tirent les leçons de Van Gogh dont ils retiennent l’acidité chromatique et la vigueur du coup de pinceau. Ils s’inspirent aussi de Gauguin, auquel ils empruntent l’ombre colorée, et de Seurat, à qui ils doivent la touche divisée et la valeur constructive de la toile laissée vierge.
Qu’il s’agisse de paysages (Collioure, Chatou) ou de scènes urbaines (Trouville, Londres), de portraits d’artistes (Derain, Vlaminck) ou de figures (allégories de Matisse, chanteuses de Van Dongen), la peinture fauviste affirme avant tout une profonde liberté de représentation et une mise à distance du principe de ressemblance. Au moment où le cubisme (lui aussi baptisé et constitué par la critique) explore la structuration de l’espace de la toile en lignes et en facettes, le fauvisme engage une expérimentation moderne de la couleur qui sera largement reconduite au cours du XXe siècle.
 
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