Le feu sous la glace

L’intitulé de l’exposition dit toute la dualité de ce peintre qui souffle le chaud et le froid. Fabuleux graphiste au trait délicat (dans ses toiles mais aussi ses xylographies en noir et blanc), chef d’orchestre de compositions complexes, il reste un artiste au style protéiforme.
23 octobre 2013
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Stéphane Renault, journaliste, critique, historien de l’art
Félix Vallotton, Le Bain, 1894, xylographie, 18,1 x 22,5 cm (planche), Paris, Bibliothèque nationale de France, département des Estampes et de la Photographie © BnF, Dist. Rmn-Grand Palais / image BnF

 Des autoportraits et portraits (son père, sa femme, Gertrude Stein, Emile Zola) aux scènes de rue de la vie parisienne – telle cette remarquable gouache et huile sur carton du Met de New York, à l’inspiration toute japonaise. De la peinture de la vie mondaine aux aplats lumineux des paysages nabis (Coucher de soleil, mer haute gris-bleu ; Les Andelys, le soir) jusqu’aux nus.
 
Des nus dont les poses lascives des modèles (inspirées des canons académiques de la photographie) dégagent un érotisme diffus, jouant d’une permanente ambiguïté (le très beau Le sommeil ; les xylographies Le Bain, La paresse). Le thème des femmes entre elles est récurrent : Le repos des modèles ; Femmes nues jouant aux dames ; Femmes nues aux chats ; La maîtresse et la servante. Troublante, La blanche et la noire montre ainsi une femme qui en contemple une autre, nue, alanguie, offerte, les joues rouges de plaisir. Servante, amante ? A la limite du fantasme, un moment paroxystique, au bord du gouffre. Mais toujours, sans rien dévoiler plus que de nécessaire. Entre rêve et réalité.
 
C’est peu dire que la peinture de Vallotton foisonne de femmes dévêtues. L’attirance y est partout palpable. En 1948, Thadée Natanson se souvient: « C’est par des gestes, dont il ne restait pas toujours maître, que se trahissait une sensualité toujours en appétit de toutes sortes de gourmandises, d’aucune plus que de la chaire féminine. »
 
Sur la toile, l’approche est tantôt symboliste, tantôt crue. Le traitement pictural, insolite. Les corps, brûlants de désir sous la froideur formelle. Vallotton trompe son monde, ne laissant personne indifférent. Tantôt odalisques provocantes (Nu à l’écharpe verte), tantôt créatures enchanteresses (l’exceptionnel chef-d’œuvre de ses années de jeunesse Le Bain au soir d’été – tableau qui fit rire lors de sa première exposition au Salon des Indépendants en 1893), les femmes se révèlent aussi être ces sorcières froides et calculatrices, castratrices et cruelles (Orphée dépecé). Certains tableaux sont ainsi de pures allégories de la luxure quand d’autres témoignent d’un érotisme glacé. Vallotton s’y dépeint en satyre, dans une sorte de dédoublement (Le Satyre au bois de Boulogne). Comme un aveu. La critique ira jusqu’à évoquer « les délires du marquis de Sade »
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