Le groupe Zero

14 juin 2013
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Stéphane Renault, journaliste, critique et historien d’art
Heinz Mack, "Lichgitter", 1964, aluminium et Plexiglas, 200 x 300 x 3 cm. Düsseldorf, ZERO Foundation, donation Heinz Mack, © atelier Heinz Mack, Mönchengladbach © Adagp, Paris 2013

Marquées par la volonté de bouleverser l’ordre établi, faire bouger les lignes, redéfinir le fondamentaux, jugés obsolètes, de la société comme de l’art, les années 1960 voient l’apparition de plusieurs groupes d’artistes activistes. Parmi eux, le GRAV à Paris, d’autres aux Pays-Bas, en Italie, à Moscou, le mouvement international de la Nouvelle Tendance, né à Zagreb… et le groupe Zero, exemple emblématique.
 
A Düsseldorf, Heinz Mack et Otto Piene organisent le 11 avril 1957 une exposition d’un soir dans leur atelier. Huit autres suivront, jusqu’en octobre 1960. En réaction à l’expressionnisme abstrait et l’art informel, alors très en vogue – désireux, en outre, de renouveler les codes artistiques dans cette période de reconstruction de l’après-guerre – les deux artistes allemands  s’attachent à l’exploration de thèmes : la peinture rouge (en référence au poème « Voyelles » de Rimbaud), la monochromie, la vibration… S’y ajoute le principe de la durée de l’exposition, chaque fois concentrée sur une soirée unique, qui créera un terrain favorable au développement des performances et environnements.
 
En avril 1958, dans la revue ZERO, Piene signe ce qui sonne comme un manifeste : «Le titre ZERO, finalement presque trouvé par hasard, était le résultat d’une recherche de plusieurs mois (ma première proposition était « Chiaro »). Nous avons, dès le départ, compris ZERO comme un nom pour une zone de silence et de nouvelles possibilités, et non pas comme l’expression du nihilisme ou d’un gag dans la veine du Dada. Nous pensions au compte à rebours avant le départ d’une fusée – Zero est la zone incommensurable, dans laquelle une situation ancienne se transforme en une situation nouvelle et inconnue.» L’intention est claire : repartir « de zéro », faire table rase de toute forme de création antérieure pour mieux avancer vers une situation nouvelle.
 
En 1961, Günther Uecker rejoint le groupe. Marqués par le bouddhisme zen, les trois artistes entendent faire le vide. « Zero est silence. Zero est commencement. Zero est Zero » dit une affiche. Un manifeste poétique, idéaliste. Ballets de lumière, œuvres animées, motorisées : l’instable est pour le groupe un terrain d’expérimentation autour de la lumière et du mouvement. Le blanc est à leurs yeux la synthèse de toutes les couleurs. Klein et Fontana sont leurs maîtres. En 1963, le groupe sera présent à la Documenta 3 de Cassel.
 
De nombreux artistes – plus de cent trente, en tout – sont invités à participer aux expositions ZERO, qui se succèdent. Le mouvement devient international. Jusqu’en 1966, qui marque sa fin. Pour ses fondateurs, créer du nouveau n’allait pas sans l’affirmation d’une certaine exigence spirituelle. Plus qu’un style, « une vision des choses ».
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