Le nouveau réalisme

8 juin 2010
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La Belle mauve [Titre attribué : La France américaine, Portrait] Martial Raysse (C) ADAGP, Paris 2008 © Photo RMN - Gérard Blot

Un mouvement au cœur de la société d’après-guerre
Mouvement phare de la scène française artistique de l’après-guerre, le nouveau réalisme, en tant que mouvement, se concentre sur une décennie qui voit la constitution du groupe et l’expression d’actions collectives. Cette période, extrêmement dense et vivante, est rapidement suivie par l’affirmation de trajets personnels.
Ce mouvement s’inscrit, de la fin des années cinquante au milieu des années soixante, dans un mouvement général de renouvellement des langages artistiques (nouveau roman, nouvelle vague, néo-dada, etc….) profondément lié à l’évolution du monde d’après-guerre. La société est alors marquée par l’affirmation croissante du modèle culturel américain : New York devient, après Paris, le nouveau centre artistique mondial, et par l’essor spectaculaire de la production industrielle : c’est l’avènement d’une société de consommation triomphante qui transforme en profondeur le visage de la vie quotidienne (esthétique publicitaire, surabondance d’images, prolifération de nouveaux matériaux).

Des méthodes très diverses, une vision théorique commune
Historiquement, le mouvement naît le 27 octobre 1960, avec la Déclaration constitutive du Nouveau Réalisme, orchestrée par le critique Restany. Ce dernier réunit ainsi sous cette même bannière les artistes dont les travaux relèvent, selon lui, de « nouvelles approches perspectives du réel ». Pour autant, les signataires de cette déclaration, Klein, Raysse, Arman, Dufrêne, Villeglé, Hains, Spoerri, Tinguely et Restany lui-même, auxquels s’ajouteront ensuite Deschamps, Niki de Saint-Phalle, Rotella et Christo, se caractérisent essentiellement par la revendication justifiée d’une « singularité collective ».
Baptisés de manière volontariste par le critique d’art, les représentants du nouveau réalisme se reconnaissent avant tout à leur attitude générale d’appropriation du réel, qualifiée par Restany de « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire ». Ils intègrent ainsi à leurs œuvres des éléments de l’univers quotidien : palissades, barils, objets en plastique, détritus, voitures ou sigles de la circulation...

La méthode artistique est très variable : compressions de César, accumulations d’Arman, décollage et lacération d’affiches de Hains et Villeglé, assemblages d’objets courants en plastique de Raysse, tableaux-pièges de Spoerri, sculptures autodestructives de Tinguely, tirs de Niki de Saint-Phalle, emballages de Christo... Héritiers directs de Dada (ils exposent d’ailleurs à Paris, en 1961, sous le titre A 40° au-dessus de Dada), les nouveaux réalistes reconduisent l’esthétique de prélèvement initiée par les ready-mades de Duchamp tout en la dotant d’une dimension poétique et sociologique que Restany souligne, de manière concomitante, par son apport théorique.




 
 
 
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