Le printemps des sens

« Image du printemps » : tel est le sens littéral du mot shunga, employé pour désigner les gravures érotiques japonaises.
3 novembre 2014
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Sylvie Blin
Hokusai, Modèles d'étreintes, Album de douze estampes, vers 1816, Photo (C) RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris)


Malgré la crudité des représentations, l'art japonais n'est jamais dénué de raffinement poétique... Genre très ancien d'origine vraisemblablement chinoise, les shunga ont été réalisés par la plupart des artistes nippons : vendus plus chers qu'une simple gravure, ils leur assuraient une certaine stabilité financière.
Souvent frappés d'interdiction par le pouvoir, cette clandestinité n'a pas empêché leur développement, et toutes les classes sociales du Japon ont succombé au charme et à la séduction de ces images souvent très explicites, sensées parfaire l'éducation sexuelle des jeunes mariés par exemple, et considérées par tous comme des porte-bonheur.

Si l'imagination des auteurs de shunga semble sans limites, le genre obéit à certaines règles, qui ont pu surprendre l'amateur occidental : l'absence du nu et l'hypertrophie des organes génitaux. Familière aux Japonais qui fréquentaient les bains mixtes et publics, la nudité n'avait pas le caractère érotique qu'elle revêt aux yeux d'un Européen. L'enchevêtrement compliqué des vêtements permettait en outre de mettre en valeur le sexe sur-dimensionné des protagonistes.

Ces deux règles souffrent néanmoins quelques exceptions, notamment sous le pinceau d'Hokusai : l'un de ses plus célèbres shunga, Le Rêve de la femme du pêcheur (1814), met en scène une jeune femme dénudée et deux pieuvres. L'audace de cette représentation a parfois été interprétée à la lumière du shintoïsme, dont la résurgence expliquerait le caractère animiste de la scène... Ce rêve-là en tout cas ne saurait laisser le spectateur indifférent.
 
Sylvie Blin
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