LES HERITIERS DE L’ART OPTIQUE ET CINÉTIQUE

30 mai 2013
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Stéphane Renault, journaliste, critique et historien d’art
James Turrel, Awakening, installation lumineuse, Paris, Fundacion Almine y Bernard Ruiz-Picasso para el Arte © James Turell - photo : F. Holzherr

Dans le catalogue de l’exposition, Serge Lemoine, son commissaire général, écrit : « Au cours du XXe siècle, l’art a changé : il a changé de nature, il a changé de forme, il a trouvé de nouveaux moyens, il s’est fixé d’autres objectifs. (…) Plutôt que d’être représenté, l’espace va être utilisé, investi, devenir le sujet même de la création. Il s’agit de le structurer ou de faire disparaître ses limites ; il est saturé de lumière ou au contraire plongé dans l’obscurité, on cherche à l’habiter ou à le rendre impraticable. »
 
Suivant leurs illustres prédécesseurs (voir Les pionniers de l’art optique et cinétique), nombreux sont les plasticiens contemporains qui, à leur tour, créent, interprètent, défrichent, ouvrent de nouveaux horizons dans ce champ d’expérimentation autour de l’espace et de la lumière. Autant d’artistes dont les pièces, dispositifs, installations, sont rassemblés et entrent en résonance tout au long du parcours de l’exposition. « Corridor lumineux inaccessible » de Bruce Nauman ; « Cherry » ou «  Awakening » de James Turrell, plongeant le visiteur dans une « ambiance colorée immatérielle » ; « habitacle de miroirs et de glaces sans tain qui perturbe la continuité spatiale » de Dan Graham ; néons de Dan Flavin ; labyrinthe en rotation de Jeppe Hein ; œuvres de Philippe Decrauzat, Ann Veronica Janssens, Xavier Veilhan, Laurent Grasso, Anish Kapoor, Saâdane Afif, Evariste Richer, Yayoi Kusama, Timo Nasseri, Carsten Höller, John Armleder… pour ne citer qu’eux.
 
A travers des formes d’expression multiples, tous partagent une même volonté de questionnement, enclins à susciter la perte de repères dans l’espace, un trouble visuel et sensoriel. Pour certains, il s’agit de créer des environnements. Dans un rapport fusionnel, ces installations immersives intègrent l’observateur dans l’œuvre. L’idée de dématérialisation y est présente, au profit d’un espace, d’une lumière, d’une atmosphère, d’une durée. Halo lumineux, sfumato, jusqu’à la production, ô combien aérienne, de l’artiste nippone Fujiko Nakaya, « sculpteuse de brume ».
 
S’imprégner de l’espace pour mieux « rincer l’œil, arriver à un autre état ». Un leitmotiv pour Ann Veronica Janssens : « Je ne fabrique pas d’image. Dans mes propositions, il y a beaucoup de dispositifs qui proposent une expérience perceptive. Ce sont des œuvres tout le temps en train de se recréer. La lumière est le premier matériau que j’utilise comme sculpteur. Je tente de la matérialiser. » Et la plasticienne d’ajouter : « Je m’intéresse à ce qui m’échappe, non pas pour l’arrêter dans son échappée, mais bien au contraire pour expérimenter « l’insaisissable ». Il y a peu d’objets dans mon travail. Ce sont des gestes engagés, des pertes de contrôle, revendiqués et offerts comme des expériences actives. » Une démarche qui fait écho à la définition de Jean Clay : « Le cinétisme ce n’est pas ce qui bouge, c’est la prise de conscience de l’instabilité du réel. »
 
La filiation entre l’art des siècles passés, les pionniers et les contemporains de ce mouvement s’impose-t-elle ? Une évidence pour James Turrell, dont l’œuvre déploie son intense spiritualité de la mythique « Sun and Moon Chamber » à Roden crater, Arizona, aux espaces zen du Chichu Art museum, conçu par l’architecte Tadao Ando sur l’île de Naoshima, dans la mer intérieure de Seto, au Japon : « La lumière est le sujet de l’art depuis le début. Prenez Constable, Turner, Rembrandt, Vermeer, tous les impressionnistes, Goya, Velázquez, le Caravage, et pensez que le travail de la lumière précède la peinture sur chevalet de plusieurs milliers d’années… Les artistes sont des gens bizarres. Ils sont un peu ailleurs. Ils ne se préoccupent pas de la vie quotidienne. Ils s’intéressent à autre chose. »
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