Les opérateurs Lumière : offrir le monde au monde

Dès le début 1896, les Lumière engagent de jeunes gens afin de parcourir le monde et de faire découvrir le Cinématographe. Avant de partir, ces opérateurs sont formés quelques mois aux métiers de projectionnistes et preneurs de vues. Parmi les pionniers : Constant Girel, Marius Chapius et Gabriel Veyre.
4 mai 2015
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Portrait de Gabriel Veyre, opérateur Lumière © DR
Constant Girel


Tout juste un an après la projection au Grand Café et après un premier voyage en Europe, Constant Girel, étudiant en pharmacie, s’embarque sur le Polynésien puis sur le Natal à destination du Japon. Il y installe, pour le compte de Katsutaro Inabata (que les Lumière ont rencontré à Lyon), des postes de projection et assure des séances du Cinématographe dans les principales villes du pays. Il évoquera des problèmes de développement des pellicules dus aux conditions climatiques l’obligeant à les envoyer à Lyon pour être traitées. Constant Girel ramènera de ce voyage les premières vues tournées en Extrême-Orient. Ce sont des images du Japon de l’ère Meiji où se côtoient les scènes de vie quotidienne des japonais et les danses traditionnelles du peuple indigène d’Aïnos.


Marius Chapuis

À 18 ans, le jeune Marius Chapuis, projectionniste, part en Russie pour le compte de la société Lumière. Il y restera plus de seize mois entre mai 1896 et octobre 1897. De ville en ville - Odessa, Kiev, Rostoff, Saint-Pétersbourg – il parcourt ce « pays continent » afin de présenter les vues Lumière. De ce périple, nous parviendront une longue correspondance et un journal particulièrement détaillé et précis de ces rencontres et activités, un quotidien parfois laborieux et incertain. Ainsi, arrivé à Odessa : « Nous étions dans l’incertitude, nous n’étions pas sûrs de rester, enfin le local est prêt le 5 septembre. Pendant notre séjour à l’hôtel nous allions tous les jours au concert, la journée nous nous baladions en ville ou à la petite Fontaine, nous prenions des bains dans la mer Noire. » Entre travail et loisirs, la vie d’un opérateur Lumière en mission.

Gabriel Veyre

Gabriel Veyre a sans doute été le plus talentueux et le plus célèbre des opérateurs. Curieux, passionné par la photographie et l’électricité, ce jeune diplômé en pharmacie est présenté aux frères Lumière par son cousin Joseph, alors employé des usines. Formé, il entreprend un long voyage qui le conduira en Amérique et tout d’abord au Mexique d’où il enverra ses mots à sa « Bien chère maman » : « Enfin c’est fait ! Depuis hier 15 août, nous fonctionnons. Avant-hier, nous avons donné notre première représentation. Pour cette soirée dédiée à la presse, nous avons eu plus de 1500 invités à tel point que nous ne savions pas où les mettre. Leurs applaudissements et bravos nous font prévoir un gros succès. Chacun de s’écrier : Muy bonito ! Les femmes surtout, las mouchaires, comme dirait Joseph, et les moutchachos applaudissaient à outrance. En somme, soirée d’inauguration splendide. » Après ce voyage en Amérique centrale, Gabriel Veyre fera une autre grande expédition au Japon et en Indochine. De ces voyages, il ramènera de très nombreuses vues Lumière et photographies, ainsi qu’une très riche correspondance, contant avec beaucoup d’humour, ses aventures de pionnier du Cinématographe. En 1901, il s’installera définitivement au Maroc et de devenir photographe et ingénieur pour le sultan Abd-El-Aziz.
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