L'héritage haïtien de Jean-Michel Basquiat

Parmi les artistes contemporains marqués par Haïti : Jean-Michel Basquiat, dont le père est né en Haïti...
28 janvier 2015
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Marion Mirande
Jean-Michel Basquiat, She Installs Confidence and Picks Up his Brain Like a Salad, 1988© The estate of Jean-Michel Basquiat / ADAGP, Paris 2015
Issu du streetart new-yorkais, Jean-Michel Basquiat s'impose au tournant des années 1980 comme un emblème de cette décennie d'excès en devenir. Mais aussi américaine et contextuellement marquée que peut être son oeuvre, elle n'en demeure pas moins un réservoir à mythologies, piochant dans l'histoire de l'art occidental, dans l'identité africaine et celle d'Haïti ; l'île d'origine de son père qu'il ne cessera de citer sans jamais la voir.

Politique, ironique, virulent, Basquiat illustre sans relâche les pages du lexique de l'afro-américanisme et lui confère une forme singulière, entre la graphie insolente et poétique de ses débuts, et un dessin d'une candeur enfantine, troublé par une palette hautement expressionniste. Héritière du mouvement Harlem Renaissance et de l'activisme de figures telles Martin Luther King, sa création interroge la condition du noir dans un monde de blancs, en confrontant ce dernier à l'esclavage et au racisme. La culture populaire noire états-unienne s'avère un important réservoir dans lequel il pioche des thématiques, des héros, qui l'aident à penser la négritude. Une réflexion également nourrie par son héritage familial, qui l'ancre dans l'histoire d'Haïti, son commerce d'esclaves (Slave Auction), ou encore la libération de ces derniers par Toussaint Louverture (Toussaint L'Overture versus Savonarola).

Basquiat et ses préoccupations tendent ainsi à se rapprocher de la pensée indigéniste de la fin des années 1920. Un mouvement qui œuvre à affirmer les racines africaines de la société haïtienne et dénoncer le joug colonialiste. De sa famille, le peintre a, par ailleurs, hérité de la connaissance du vaudou, élément majeur de la culture afro-caribéenne. Familier de ses esprits, les loas, il les convoque fréquemment et en livre une vision très personnelle, éloignée de leurs fonctions et représentations traditionnelles. A la fois hommage et satire, leur citation, rarement départie de distance, permet à l'artiste d'exorciser la méfiance et la répression blanche dont était victime cette religion, ou encore d'ironiser sur les valeurs économiques de la société contemporaine (The Guilt of Gold Teeth).


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