À l’ombre des pins

Attirés par le soleil du midi, sa lumière éclatante et sa chaleur bénéfique, les artistes se doutaient-ils qu’ils allaient aussi découvrir… l’ombre, cette promesse d’une fraîcheur apaisante ? Celle qui rouvre les yeux quand le soleil aveugle ? Qui soigne la brûlure mortelle de l’astre roi ?
6 septembre 2013
|
Sylvie Blin, journaliste et historienne de l'art
Les cyprès à Cagnes, de Henri Edmond Cross © RMN-Grand Palais (musée d’Orsay) / Gérard Blot

C’est d’abord, sous le pinceau de Renoir, un entrelacement touffus de verts et de bleus, la restitution colorée d’une pinède presque luxuriante ("Paysage méditerranéen, Paysage près de Menton"). Puis un motif complexe et difficile pour Cézanne, qui traque la forme des pins et leur agencement géométrique ("Le Parc de Château-Noir"). Recherches formelles et colorées de deux peintres que tout semble opposer, et qui nourrissent l’amitié la plus sincère et le respect le plus profond. Monet, dernier maillon de l’improbable trio, se plaît aussi à l’ombre des pins, et trouve la parfaite expression des contrastes colorés de l’ombre et de la lumière dans "Sous les pins", variation en vert – profond jusqu’à l’insondable – et rouge transparent. Cross reprend cette même palette contrastée pour une vue de Cagnes ("Cyprès à Cagnes"), où les cyprès sont comme un souvenir d’Italie, ce pays frère. Les Fauves Manguin, Derain et Braque poursuivent ces recherches et variations, où les audaces colorées le dispute à la rigueur formelle. Rien de tout cela chez Marquet, qui préfère la vision assagie d’une terrasse, la tranquille urbanité d’une villégiature dans un monde civilisé, aux incertitudes d’une nature sauvage et imprévisible ("La Terrasse à Saint-Raphaël").

La fraîcheur de l’ombre se fait plus mystérieuse sous le regard de Vallotton : ne cache-t-elle pas quelque présence secrète dans les sombres profondeurs des feuillages ? La calme vision des "Alyscamps, soleil matin, Arles" éveille l’imagination, mais non l’inquiétude qui sourd du "Paysage de Cannes" de Beckmann. Le regard s’enfonce ici entre deux rangées de palmiers presque menaçants, noirs gardiens d’une allée déserte, projetant leur ombre comme des trous noirs.
A lire aussi

Miró, le fauve catalan et le cubiste

Article - 19 octobre 2018
Découvrez les premières oeuvres de l'artiste qui utilise toute sa vie des références à sa terre natale, la Catalogne, avec laquelle il établit dès 1915 une relation exceptionnelle, quasi charnelle !

C'est le printemps avec l'exposition Jardins!

Vidéo - 24 février 2017
Du délicat brin d'herbe de Dürer, au ciel lumineux de Fragonard, en passant par « le jardin planétaire » de Gilles Clément : c’est le printemps au Grand Palais !
Tout le magazine