Mauvais genre

« Le sexe est magique. Si vous le canalisez bien, il y a plus d’énergie dans le sexe que dans l’art. »
8 avril 2014
|
Virginie Huet, journaliste
Selon Jérôme Neutres, commissaire de l’exposition, cette déclaration de Mapplethorpe procède de la « profession de foi dionysiaque », celle d’un agitateur dont l’œuvre a toujours suscité la controverse. De Man in Polyester Suit (1980), à l’autoportrait au fouet (1978), en passant par ses photos S.M. du portfolio X (1978), le sexe s’affiche haut et fort, en lettres capitales. Une constante à envisager sous le prisme de la culture underground gay des années 70 et 80, pétrie de références, du Salo de Pasolini au Midnight Cowboy de Schlesinger.

Robert Mapplethorpe, Embrace (Etreinte), 1982, 50,8 x 40,6 cm, Épreuve gelatino-argentique © Robert Mapplethorpe Foundation.

Dans Un Captif amoureux (1986), Jean Genet, l’un des maîtres à penser de Mapplethorpe, observait : « la sexualité est probablement, avant même qu’elle n’arrive à la conscience, le phénomène le plus généralisé dans le monde vivant ». Rien d’étonnant donc à ce que cet enfant terrible s’en donne à cœur joie, brouillant les pistes tout en assumant pleinement son rôle de provocateur. Comme l’avait analysé Roland Barthes dans La Chambre claire (1980), tout le génie de son œuvre repose sur cet équilibre précaire entre érotisme et pornographie: « Quelques millimètres de plus ou de moins, et le corps deviné n’eût plus été offert avec bienveillance (le corps pornographique, compact, se montre, il ne se donne pas, en lui aucune générosité) : le Photographe a trouvé le bon moment, le kaïros du désir. » Car c’est bien de désir dont il est question, celui d’un corps tour à tour fantasmé, martyrisé, sacralisé, travesti. Piétinant les tabous, raillant les interdits, il est le bon, la brute et le truand, le saint et le pêcheur, l’« apôtre d’une beauté suspecte » selon Edmund White.

Drogue parmi les drogues, le sexe inspire et tue. Son insondable mystère n’aura de cesse d’intriguer Mapplethorpe : « La photographie et la sexualité sont comparables. Elles sont toutes deux inconnues. Et c’est cela qui m’excite le plus ».
 
New York by night - Sex Drug and Rock'n'roll
Les années 70 et 80 font de New York le centre de la vie nocturne. Sur fond de musique, de drogue et de sexe, les interdits volent en éclats.

Découvrez le web docu "Mapplethorpe, une vie à New York"
A lire aussi

Quand les écrivains parlent des artistes

Article - 27 avril 2020
Ecoutez trois écrivains Zoé Valdés, Maryline Desbiolles et Edmund White vous parler de Gauguin, de Rodin et de Mapplethorpe ; leurs mots sont un chemin unique vers les œuvres.
Tout le magazine