Œuvre commentée de Velázquez : la forge de Vulcain

Après Balthasar Carlos sur son poney, découverte de l'œuvre de Diego Velázquez avec le célèbre tableau mythologique La forge de Vulcain.
11 mai 2015
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Laetitia Perez
La révélation

Peint à Rome en 1630 (selon Palomino), le tableau représente un épisode mythologique tiré des Métamorphoses d’Ovide (IV, 173-175). Apollon s’adresse à Vulcain, qui travaille dans sa forge avec ses assistants, les cyclopes. Le « dieu-soleil qui voit tout » révèle au dieu du feu la relation adultère de sa femme, Vénus, avec Mars, dieu de la guerre, en l’occurrence le principal usager de la forge, et l’informe que le couple s’est retrouvé au coucher du soleil. Interdit face à cette déclaration, Vulcain, bouche entrouverte, interrompt son ouvrage. Sa colère est palpable. Peut-être prépare-t-il déjà sa future vengeance ? Afin de punir les amants, Vulcain les enfermera dans un filet qu’il aura lui-même confectionné et les exhibera devant les dieux.
 
Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660) La Forge de Vulcain Vers 1630 Huile sur toile 222 × 290 cm Madrid, Museo Nacional del Prado, inv. P01171
Les cyclopes

Si Velázquez centre sa composition sur la réaction de Vulcain, celle de ses quatre assistants vient renforcer le caractère dramatique et humiliant de la scène. Par un souci de réalisme, l’artiste choisit de doter les cyclopes de deux yeux. Très judicieusement, il les représente toutefois de dos, de trois quarts ou encore de profil. À demi-vêtus, ils ne sont pas placés en frise comme dans les premières toiles de Velázquez, mais occupent pleinement l’espace. Le peintre a peut-être eu recours à des modèles, dont les cheveux bruns et la peau mate dénotent le type méditerranéen ; leurs corps musclés témoignent de la parfaite connaissance de l’anatomie que possédait l’artiste. Au premier plan, celui qui tient l’armure semble interroger Vulcain du regard, Vulcain dont le léger déhanchement trahit l’infirmité de naissance. Derrière lui, de dos, tenant leurs outils, les ouvriers regardent Apollon d’un air atone. Enfin, derrière la cheminée, le quatrième cyclope n’a peut-être pas compris la tragédie qui se joue devant lui.

Une beauté apollinienne

Apollon, le doigt levé tel un orateur, est drapé dans une toge jaune orangé et chaussé de sandales bleuâtres. Son corps d’éphèbe, lumineux, dont la beauté dérive de la statuaire gréco-romaine, se détache sur le ciel bleu sombre qu’une fenêtre laisse entrevoir. Montré de profil, nimbé d’or, le « dieu soleil » porte une couronne de laurier, emblème de sagesse et d’immortalité, qui contraste avec le simple linge enroulé autour de la tête de Vulcain. Son teint immaculé se distingue de celui de Vulcain et de ses assistants, bruni par le travail du métal. Le dieu solaire représente le monde céleste que tout oppose au monde terrestre de Vulcain. Une gravure d’Antonio Tempesta (1555-1630) a peut-être inspiré la composition de Velázquez. Si certains spécialistes considèrent la Forge de Vulcain comme l’expression du pouvoir de la parole sur les actions, d’autres y voient la supériorité de l’esprit sur l’artisanat, idée que défendait le peintre lui-même.
 
Les outils du forgeron

Les outils du forgeron parsèment l’atelier de Vulcain. Velázquez s’attache ici encore à représenter la matérialité des objets : les reflets blancs de l’armure au premier plan, le métal brûlant sur l’enclume ou encore le vernis glacé de la cruche qui luit sur la cheminée. La touche est plus vive et la facture plus légère que dans ses compositions de jeunesse.


Laetitia Perez

 
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