Œuvre commentée de Velázquez : portrait du pape Innocent X

Après le célèbre portrait de l'infante Marguerite en bleu, continuez la découverte de l'œuvre de Velázquez avec un autre portrait charismatique, celui du pape Innocent X.
9 juin 2015
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Laetitia Perez
Diego Rodríguez de Silva y Velázquez (1599-1660), Portrait du pape Innocent X, 1650, Rome, Galleria Doria Pamphilj, inv. FC 289
Innocent X
Lors de son second voyage en Italie, Velázquez peint l’une de ses toiles les plus emblématiques : le portrait du pape Innocent X. Chargé de rapporter des œuvres pour le roi Philippe IV, l’artiste séjourne à Rome dès le mois de mai 1649 et s’introduit rapidement dans le cercle des intimes du pape. Grand hispanophile, Giovanni Battista Pamphilj accorde au peintre le privilège de poser pour lui. Né en 1574, élu pape en 1644, il meurt en 1655. Palomino relate les circonstances de l’exécution du tableau. Il explique qu’afin de se préparer à peindre un personnage de cette importance, Velázquez exécuta, « pour se faire la main », le portrait de son esclave Juan de Pareja, portrait qui est l’un de ses grands chefs-d’œuvre (New York, Metropolitan Museum of Art).
 
Une lettre
Selon les dernières découvertes, la séance eut lieu le 13 août 1650. Innocent X, âgé de soixante-seize ans, est assis dans une pose solennelle sur le siège papal, comme Jules II ou Paul III l’ont été avant lui face à Raphaël (Londres, National Gallery) et à Titien (Naples, Museo di Capodimonte). Le fauteuil richement sculpté est orné de galons et de fleurons d’or. À l’arrière-plan, un rideau rouge ferme la composition. Le pontife est vêtu d’une aube blanche et d’une mosette rouge et porte un bonnet. Il tient de la main gauche un feuillet portant une inscription (la signature de Velázquez) tandis que sa main droite est parée de l’anneau pastoral.
 
Une esquisse ?
Le pontife fixe le spectateur de son regard pénétrant. Si Raphaël (1483-1520) peint un pape qui semble résigné, Velázquez représente un pontife vigoureux malgré son âge avancé, dont le caractère intransigeant et l’autorité naturelle irradient de la toile. L’artiste, qui travaillait alla prima (sur le vif), dut cependant faire une esquisse et non peindre son portrait directement durant la séance de pose, car l’œuvre ne présente que peu de repentirs. Il existe en effet une toile conservée à Washington où seule est peinte la tête du pontife ; il s’agit peut-être de l’étude qui permit à Velázquez d’exécuter cette composition.
 
« Troppo vero »
Quelque peu déconcerté par le résultat, le pape jugea le portrait « troppo vero » (« trop vrai ») à son goût. Néanmoins, conquis par le talent du peintre sévillan, il souhaita le gratifier d’une somme importante, proposition que Velázquez, attaché au service du roi d’Espagne, déclina. Il accepta toutefois une médaille en or à l’effigie du pape. Preuve de son succès, il existe de nombreuses versions de cette toile, dont certaines furent exécutées par Pietro Martire Neri (1601-1661), collaborateur de Velázquez en Italie. Au xxe siècle, le portrait d’Innocent X a profondément marqué Francis Bacon, qui a su en retranscrire le caractère angoissant dans les nombreuses interprétations qu’il en donna. Outre le caractère expressif du pape, c’est sans doute l’harmonie chromatique qui fascine le plus ici. La symphonie de rouges répond au blanc de l’aube, du col et du feuillet. À Rome, Velázquez était parvenu à peindre le portrait du pape, ce que Rubens ne put jamais accomplir.


Laetitia Perez
 
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