Œuvre commentée : La famille de Velázquez

Après le célèbre portrait du pape Innocent X, nous terminons la découverte l'œuvre de Velázquez par un tableau qui n'est pas de lui, mais de Juan Bautista Martinez del Mazo, représentant la famille de Velázquez...
17 juin 2015
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Laetitia Perez
Juan Bautista Martínez del Mazo, La Famille de l’artiste, 1664-1665, Vienne, Kunsthistorisches Museum Wien, Gemäldegalerie

Le disciple de Velazquez

Considérée comme une œuvre originale de Velázquez jusqu’à la fin du xixe siècle, la toile a été rendue à Juan Bautista Martínez del Mazo (vers 1612 – 1667), son gendre et plus fidèle disciple. Peinte vers 1664, il s’agit, au-delà d’un portrait de famille, d’un vibrant hommage à celui qui fut le créateur des Ménines. Del Mazo, nommé peintre de Chambre en 1661, un an après la mort de Velázquez, souhaitait affirmer son talent, mais sa mort prématurée en 1667 l’en empêcha.
 
La famille Mazo Velázquez

La composition est signée dans l’angle supérieur gauche des armoiries de l’artiste, sur lesquelles un bras saisit une massue (mazo en espagnol). Au premier plan, la famille du peintre est disposée en frise. Del Mazo se maria trois fois et eut une nombreuse famille. Présent dans l’atelier de Velázquez depuis 1631, il épousa en 1633 la fille de son maître, Francisca. Cette dernière étant morte prématurément, il convola avec Francisca de la Vega puis avec Ana de la Vega, qui étaient peut-être sœurs. Quatre des enfants nés de sa première union sont représentés à l’extrême gauche : de profil se tient son fils aîné Gaspar ; près de lui, Baltasar incline la tête et regarde ses jeunes frères ; Melchior, le plus jeune des Mazo Velázquez, est debout devant eux, avec, à son côté, sa sœur María Teresa. Cette dernière caresse les cheveux de son frère, vraisemblablement Juan Antonio, premier-né du mariage avec Francisca de la Vega.

Le deuxième mariage

Les enfants qui suivent sont plus difficiles à identifier. Les deux garçons du centre sont Juan Antonio et Luis ; à l’extrême droite se tient peut-être Francisco. Ces trois derniers portent des déguisements – deux sont en soldats, le troisième en cultivateur (Isidro). Si les aînés sont de jeunes adultes, les derniers-nés sont encore dans la prime enfance. L’identité de la femme à la jupe rouge et de l’enfant qu’elle tient dans ses bras demeure encore incertaine. S’agit-il de la deuxième femme du peintre ou de sa fille aînée Inès Manuela, également issue de sa première union ? À travers ces portraits, l’artiste met en scène l’unité familiale et l’amour fraternel.
 
Philippe IV

Cette représentation dynastique a certainement pour cadre l’atelier de la Casa del Tesoro, qui avait été, avant de devenir le sien, celui de son maître Velázquez. Au centre, un buste, un bouquet de fleurs et peut-être des dessins sont négligemment posés sur une table recouverte d’une nappe de velours. Plusieurs tableaux ornent la composition. On distingue le portrait du roi Philippe IV, accroché au-dessus de la table. Alors qu’il était présent à travers son reflet dans Les Ménines, Del Mazo choisit d’évoquer le monarque par le truchement d’un des portraits de Velázquez.
 
Une scène d’atelier

Enfin, une scène d’atelier s’ouvre dans le fond. Une femme et un enfant contemplent le peintre en plein travail. Vu de dos, il est debout, pinceau à la main, et fixe très certainement les traits de l’infante Marguerite. Est-ce Velázquez ? Les spécialistes pensent aujourd’hui qu’il s’agit de Del Mazo faisant le portrait de l’infante Marguerite. L’artiste souhaitait sans doute affirmer son statut de peintre et se poser comme le successeur légitime de Velázquez.

 
Laetitia Perez
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