Œuvres commentées d'Élisabeth : Marie-Antoinette et ses enfants

En ce jour anniversaire de Marie-Antoinette (2 novembre) découvrez un des portraits de famille qu'Élisabeth Louise Vigée Le Brun a réalisé de la reine...
2 novembre 2015
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Gwenola Firmin
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Antoinette et ses enfants, 1787, 
Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon
Marie-Antoinette et ses enfants

Le 12 septembre 1785, la direction des Bâtiments du roi, sur ordre de Louis XVI, commanda à Élisabeth Louise Vigée Le Brun un grand portrait de la reine. La consigne était précise : le tableau, monumental, la représenterait dans son intérieur, en compagnie de ses enfants, garants de la continuité dynastique. Il devait restaurer l’image de Marie-Antoinette, lui rendre une respectabilité en l’exaltant dans son rôle de mère. L’esquisse préparatoire ayant reçu l’approbation du comte d’Angiviller puis du modèle, le Garde-Meuble livra, le 22 juillet 1786, le mobilier qui, placé dans le grand cabinet de la reine – actuel salon de la Paix –, devait servir de décor.
Réalisé d’après un dessin de François-Joseph Bélanger, le serre-bijoux, aux vantaux décorés des armoiries royales, « couvert en dehors de velours cramoisi orné de broderie en bosse d’or sur son pied de bois doré sculpté » (extrait de la vente du 30 septembre 1793, lot n° 2353), avait été fourni par les Menus-Plaisirs en 1770 ; hélas, même dans la pénombre, il constituait un malheureux écho à l’affaire du collier. À son sommet, sur un coussin fleurdelisé, une couronne rappelait l’auguste dignité des modèles. Un tapis de la Savonnerie, un coussin recouvert de brocart à fond bleu, utilisé à Versailles à partir de 1785, complétaient le décor. L’artiste termina les études de têtes au Trianon en août 1787.

Coiffée d’une toque empanachée d’une aigrette et de plumes d’autruche assortie à sa robe de velours rouge bordée de martre, la reine, en pied, de grandeur naturelle, tient sur ses genoux le duc de Normandie, Louis Charles, le plus jeune de ses fils. Marie-Thérèse Charlotte de France, dite Madame Royale, se blottit tendrement contre sa mère. Le premier dauphin, Louis Joseph Xavier François de France, arborant le ruban bleu et la plaque de l’ordre du Saint-Esprit, entrouvre le rideau d’une bercelonnette vide, allusion à la mort précoce de Sophie Hélène Béatrix, disparue à onze mois pendant l’exécution de l’œuvre. On a supposé un probable remaniement du tableau après le décès.
 
Détail
Conservé dans une collection particulière, un dessin à la pierre noire, craie blanche et sanguine, a parfois été considéré comme une étude de l’enfant endormie. La radiographie n’a cependant révélé aucune trace de fillette allongée. Loin du génie tendre qui préside habituellement à ses doubles portraits de mère et d’enfant, l’artiste campe ici une reine hiératique.

Sur les conseils de David, elle imagine, afin de sacraliser ses modèles, une composition triangulaire inspirée des saintes Familles de la Renaissance. Le rouge de la robe est celui de la vertueuse Marie Leszczynska représentée par Nattier en 1748. Malgré un discours savamment orchestré, Marie-Antoinette ne saurait, comme l’a souligné Joseph Baillio, incarner Cornélia, mère des Gracques, dont les seuls bijoux sont ses enfants. Consciente de l’impopularité croissante de l’« Autrichienne », l’artiste n’osa pas envoyer le tableau au Salon. Le 25 août 1787, jour de l’ouverture, la place d’honneur qui lui était réservée resta donc vide, suscitant force quolibets, dont le célèbre « Voilà le déficit ! ». Pour endiguer le déferlement de critiques, l’ordonnateur du Salon, Charles Amédée Vanloo, demanda à Mme Vigée Le Brun d’accrocher son œuvre. Si ses qualités picturales furent appréciées, elle ne toucha guère. On fut frappé par la tristesse des visages, l’évocation d’une maternité qu’on eût souhaitée plus rayonnante. Substituer à l’image d’une dynastie de droit divin celle d’une famille royale pleine de vertus domestiques n’allait pas de soi. Même le comte Potocki, grand amateur de l’art du peintre, se montra critique.

Après la mort du dauphin en 1789, Marie-Antoinette ne pouvait passer sans pleurer devant le tableau placé dans le salon de Mars. On le retira donc des appartements de Versailles. Sous l’Empire, des nostalgiques, des curieux demandaient qu’on le leur montrât. Lorsqu’à son retour d’émigration, l’artiste le revit, le gardien la remercia des pourboires que le portrait lui procurait.

Gwenola Firmin
 
   
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