Œuvres commentées d'Élisabeth : portrait de la duchesse de Polignac

Pour vous faire découvrir un peu plus l'exposition Élisabeth Louise Vigée Le Brun jusqu'au 11 janvier 2016 plongez dans les tableaux de la célèbre portraitiste...
17 décembre 2015
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Gwenola Firmin
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Gabrielle Yolande Claude Martine de Polastron, duchesse de Polignac, 1782,
 Huile sur toile 
H. 92,2 ; L. 73,3 cm
 Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, inv. MV 8971
Gabrielle Yolande Claude Martine
de Polastron, duchesse de Polignac


Marie-Antoinette offrit-elle ce tableau en guise de remerciement au maître de poste ayant aidé la fuite des Polignac vers Bâle dans la nuit du 16 juillet 1789 ? La tradition l’affirme. La générosité de celui qui se présenta comme le dernier descendant de ce fidèle serviteur de la monarchie explique, quoi qu’il en soit, que l’œuvre revînt par legs, en 1875, à la famille Polignac, avant d’entrer par dation, en 1998, dans les collections du château de Versailles.
Gabrielle Yolande de Polastron (1749-1793) épousa le comte de Polignac en 1767. Le couple vivait sans éclat ; la reine changea son destin. En 1780, Louis XVI fit duc Jules de Polignac (1746-1817), qui devint, deux ans plus tard, surintendant des Postes, tandis que la duchesse succédait à la princesse de Guéménée, gouvernante des Enfants de France. Représenté à mi-corps, de face, une rose à la main, le modèle, âgé de trente-trois ans, porte une robe peignoir de linon blanc, robe chemise dont l’encolure en V, « parfait contentement », s’orne d’un volant de dentelle et se resserre grâce à un ruban bleu ciel, à la façon des manteaux de lit. Une ceinture jaune paille rayée de bleu prend la taille sous la poitrine ; le mantelet noir de taffetas bordé de filets a glissé le long du bras gauche.

Dans ce portrait au naturel, les blonds cheveux retombent sur les épaules « en confidents abattus », la bouche entrouverte découvre la blancheur des dents, trait commun de plusieurs portraits de l’artiste dont son autoportrait avec sa fille (cat. 77). 
Le chapeau de fine paille à larges bords, dit « à la jardinière », « à la laitière » ou « à la bergère », s’accorde à l’esprit champêtre du Petit Trianon où cette intime de la reine séjourna à plusieurs reprises. Il est ici surmonté d’un bouquet de fleurs et d’une « follette » noire, plume retenue par un ruban bleu ciel. Ce motif de la femme au chapeau s’inspire de Rubens dont Mme Vigée Le Brun avait vu le Portrait au chapeau de paille à Anvers, chez le collectionneur Jean Michel Van Havre. Il n’est pas inutile de préciser que le « chapeau de paille » de ce portrait de Suzanne Lunden, belle-sœur de l’artiste flamand, est en réalité de feutre noir. L’essentiel n’est pas ici l’exactitude de la citation mais l’effet d’ombre portée, le traitement des lumières dorées et chaudes sur le visage du modèle, l’élégance de la jeune femme ainsi parée. Ce couvre-chef apparaît de façon récurrente dans l’œuvre de la portraitiste.

On le retrouve dans son Autoportrait « au chapeau de paille » (fig. 8, p. 20) ; elle en pare la comtesse Du Barry (cat. 54), Madame Élisabeth, Marie-Antoinette (cat. 47), à nouveau la duchesse de Polignac, d’autres encore. Mme Vigée Le Brun appréciait cette amie de la reine : « La duchesse de Polignac joignait à sa beauté, vraiment ravissante, une douceur d’ange, l’esprit à la fois le plus attrayant et le plus solide. » Elle la portraitura au moins à six reprises. Dans sa Liste des tableaux et portraits, l’exemplaire versaillais est inscrit à l’année 1787. Or, le tableau est signé et daté de 1782. Le peintre note en outre un Mme la duchesse de Polignac en 1782. Deux autres portraits, dont le nôtre, « avec un chapeau de paille », « la même tenant un papier à musique et chantant près d’un piano », ainsi qu’une simple « Madame de Polignac » sont inscrits en 1787. À l’année 1789 enfin, elle relève deux « Madame de Polignac. » La duchesse mourut à Vienne le 5 décembre 1793, âgée de quarante-quatre ans.

Gwenola Firmin
 
 
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