Œuvres commentées d'Élisabeth : portrait de la duchesse de Polignac de profil

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21 décembre 2015
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Xavier Salmon
Élisabeth Louise Vigée Le Brun, La duchesse de Polignac, 
née Gabrielle Yolande Claude Martine Gabrielle de Polastron, de profil Après 1789 
Pierre noire et rehauts de craie blanche, estompe, sur papier gris beige 
H. 42,2 ; L. 26,9 cm, 
Collection particulière
La duchesse de Polignac, 
née Gabrielle Yolande Claude Martine Gabrielle de Polastron, de profil


On connaît l’admiration qu’éprouva Élisabeth Louise Vigée Le Brun pour la duchesse de Polignac (1749-1793). Elle lui dédia dans ses Souvenirs un texte (Vigée Le Brun, 1835-1837, I, p. 237-241) dans lequel elle soulignait sa beauté, vraiment ravissante, sa douceur d’ange et son esprit à la fois le plus attrayant et le plus solide. Tous ceux qui l’avaient connue intimement pouvaient dire que l’on s’expliquait bien vite comment la reine l’avait choisie pour amie, car elle était véritablement l’amie de la reine. Elle dut à ce titre celui de gouvernante des Enfants de France. Aussitôt la rage de toutes les femmes qui désiraient cette place ne lui laissa plus de repos. Mille calomnies atroces furent lancées sur elle. Pourtant, ce qu’aucun courtisan ne pouvait croire, c’est que Mme de Polignac n’avait point envié la place qu’elle occupait. Elle-même n’avait cédé qu’à son respect pour le désir de la reine et aux instances réitérées du roi.

Ce qu’elle ambitionnait avant tout, c’était sa liberté, au point que la vie de la cour ne lui convenait nullement. Indolente, paresseuse, le repos aurait fait ses délices, et les devoirs de sa place lui semblaient le plus lourd fardeau. Mme Vigée Le Brun ajoutait ensuite une anecdote qui n’est pas sans intérêt pour les deux œuvres ici présentées : « Un jour que je faisais son profil à Versailles, il ne se passait pas cinq minutes sans que notre porte s’ouvrît ; on venait lui demander ses ordres, et mille choses qu’il fallait pour les enfants. “Eh ! bien, me dit-elle enfin d’un air accablé, tous les matins ce sont les mêmes demandes, je n’ai pas un instant à moi jusqu’à l’heure du dîner, et le soir d’autres fatigues m’attendent.” » (Vigée Le Brun, 1835- 1837, II, p. 239-240). L’artiste exécutait peut-être alors l’un des deux profils aujourd’hui conservés. Il serait tentant de penser qu’il s’agissait de celui peint au pastel car la technique offrait plus de liberté et fut utilisée à de nombreuses reprises pour fixer les traits des modèles sans les lasser. L’œuvre serait donc antérieure au départ en émigration de la famille de Polignac dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789. Par la manière de représenter la coiffure, par l’usage du chapeau et de la chemise en gaulle, le pastel semble effectivement répondre à la mode qui s’épanouit avant la Révolution. Tracé à la pierre noire et à la craie blanche, le second profil s’inspirerait directement du pastel. Le visage est en effet pratiquement identique. Cependant, l’habit nous semble postérieur, rappelant ceux de l’autoportrait dessiné en redingote de voyage (cat. 4) et du portrait de la comtesse de Narbonne Lara, née Marie Adélaïde de Montholon, tous deux datés du début des années 1790. À raison, Joseph Baillio a proposé de dater l’œuvre de 1790, soit pendant le séjour romain de l’artiste.

Xavier Salmon


 
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