Portrait de l’architecte Charles Girault (1851-1933) par son petit-fils

Architecte français né à Cosne-sur-Loire en 1851, Charles Girault a étudié à l'École des Beaux-arts de Paris et a remporté le Premier prix de Rome en 1880. Il a été architecte en chef du Grand Palais dont la construction fut  confiée à Deglane, Thomas et Louvet, et il a conçu le Petit Palais avant d'être nommé membre de l'Institut de France en 1902. Rencontre avec un de ses petits-fils Henri Girault, vaillant octogénaire qui se prête volontiers au jeu du « Je me souviens ».
18 janvier 2012
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Le Petit Palais a été construit par Charles Girault. © Petit Palais, cliché Ludovic Maisant
Avez-vous des souvenirs de votre grand-père, Charles Girault ?
Je suis né en 1929 et mon grand père est décédé en 1933. Je ne l'ai donc pas beaucoup connu mais je me rappelle particulièrement une visite que j'avais faite chez lui un 1er janvier : son accueil m'avait surpris tant il m'avait reçu avec chaleur. C'était un homme très généreux et qui aimait beaucoup sa famille. Ses fils et ses petits-enfants étaient sa grande source de joie ainsi que ses anciens amis et camarades de Rome : il n'aimait rien tant que dîner, rire et chanter avec eux. Il avait remporté le Premier prix de Rome en 1880 et je crois que c'est à cette époque qu'il avait rencontré Henri Deglane, futur architecte de la façade du Grand Palais. Ils étaient devenus amis, avaient développé des liens très étroits. Charles Girault a eu sur le Grand Palais une fonction de coordinateur, alors que Deglane a réalisé la partie la plus spectaculaire : la façade de l'avenue Winston-Churchill et la Nef. Quand j'étais enfant, ma mère disait toujours : « Ce n'est pas grand-père qui a construit le Grand Palais, c'est son ami Deglane ! » Finalement, c'est plus par les livres écrits sur le Grand Palais que j'ai pu mesurer l'influence considérable de  mon grand-père sur l'architecture du monument.

Quelles ont été les autres réalisations de Charles Girault ?
Le Petit Palais bien sûr, dont il était le seul architecte, à la différence du Grand Palais. Avant cette œuvre majeure, il a été chargé du tombeau de Pasteur, des tribunes de Longchamps et de l'hôtel de Choudens, rue Blanche, qui a accueilli des générations d'étudiants en art dramatique de 1940 à 1997.
Après le Petit Palais, mon grand-père  a beaucoup travaillé en Belgique. On raconte que le roi de Belgique, Léopold II, s'était rendu à l'Exposition universelle de 1900 et avait été enthousiasmé par le Petit Palais. Il avait alors demandé à rencontrer son architecte et avait entrepris des travaux avec lui – au grand dam des Bruxellois d'aujourd'hui, d'ailleurs, qui auraient préféré pour leur ville un style Art déco plutôt qu'un style néoclassique. Léopold II avait demandé à mon grand-père de réaliser le palais du Congo à Tervuren (auj. musée royal de l'Afrique central). « Faites la même chose que le Petit Palais ! », lui avait-il dit. Ca n'a pas été le cas, heureusement, ne serait-ce que parce que l'arc de cercle du Petit Palais ne se conçoit qu'en raison de son terrain trapézoïdal. L'édifice bruxellois est donc rectangulaire. Charles Girault a aussi construit l'Arc du Cinquantenaire à Bruxelles. Mais d'après mon cousin, Philippe Girault, le chef-d'œuvre de grand-père c'est le jardin de Bièvre, la maison familiale ! Malheureusement ce jardin n'existe plus.

Avez-vous conservé des objets ayant appartenu à Charles Girault ?
J'ai chez moi le portrait d'un peintre, Julian Story. Cet artiste américain n'a pas fait carrière mais mon grand-père aimait bien ce portrait, plus humain et vivant que d'autres. La bibliothèque de Charles Girault a été vendue, mais il reste dans la famille son épée d'académicien, un ouvrage écrit sur son maître Honoré Daumet (1826-1911) pour qui il avait des sentiments filiaux. Il reste aussi une aquarelle exécutée à Rome, deux dessins d'Assise, un dessin préparatoire pour la restauration de la Villa d'Hadrien, la copie d'un des anges du tombeau de Pasteur, dont on peut voir l'original à l'Institut Pasteur. Mais toutes les archives relatives au Grand Palais, les dessins préparatoires, les plans, sont au Grand Palais ou aux Archives nationales.

Quels souvenirs personnels avez-vous du Grand Palais ?
Je me souviens particulièrement du Salon des arts ménagers, en 1955-1956. À l'époque, je travaillais dans une entreprise de bâtiment qui faisait de l'isolation et de l'étanchéité. J'étais donc exposant au Salon, dans le lieu même construit par mon grand-père.

Propos recueillis en mai 2008.
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