Portrait de photographe : Stéphane Maréchalle

A l'occasion de l'expo Depardon, des photographes professionnels et semi-professionnels reviennent sur une expérience marquante de leur carrière à travers le prisme de la "première fois". Cette semaine, Stéphane Maréchalle nous livre un souvenir...
29 janvier 2014
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Photo du père de S. Maréchalle (1946)
"Les premières photos importantes dans ma vie n’ont pas été des photos d’auteur… Elles sont sans conteste celles qui dormaient dans la grosse boîte en bois chez mes parents et qui représentaient à elles seules, toute la vie de mes parents, de mes grands parents et de mes arrières grands parents. Presque un siècle d'histoire de ma famille tenait en quelques dizaines de tirages jaunis, cornés, délavés... Ces rectangles de papier étaient autant de petites machines à remonter le temps... Voir mes grands parents jeunes, mes parents enfants, me voir, bébé ... Cette délicieuse impression d'avoir un pouvoir sur la course du temps... J'ai toujours photographié pour empêcher les choses de disparaître. Figer, emprisonner, encapsuler, la photo, bien au delà de l’image animée, par son immobilité, a ce pouvoir de rendre les choses immortelles. Comme prises dans la glace.

Plus tard j'ai découvert les grands photographes, et leur manière de ne pas montrer le monde tel qu'il est mais tel qu'ils le voyaient ! J'ai découvert que pour être photographe je devais me "faire un œil" et j'ai découvert le travail. J’ai découvert l’esthétique de l’image, la lumière, le cadrage, le geste photographique.

Il me vient toutefois quelques images qui me sont restées « dans l’oeil » comme par exemple « migrant mother » de Dorothea Lange, découverte en cours d’histoire de la photo. Cette image rassemble autant de beauté esthétique que de vérité. C’est une image parfaite qui possède le fond et la forme. Tout comme «  Minamata-Tomoko baigné par sa mère » d’Eugene Smith, une image digne des plus belles peintures flamandes, et illustrant un sujet d’actualité tragique. Faire une liste des images importantes de ma vie, celles qui m’ont donné envie d’être photographe, serait bien trop long,  des images « simples » de Boubat à celles crues, poétiques et volées de Tichy. Bien trop long… Les photos sont tout ce qui reste quand ceux qui peuvent parler de nous ne sont plus…"

Découvrir le travail de Stéphane Maréchalle : www.cargocollective.com/stephanemarechalle
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