Portrait de Photographe : Stéphane Querbes

A l'occasion de l'expo Depardon, des photographes professionnels et semi-professionnels reviennent sur une expérience marquante de leur carrière à travers le prisme de la "première fois". Cette semaine, Stéphane Querbes nous raconte Macro-émotions.
19 décembre 2013
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Mon premier coup de cœur en macrophotographie fut l’image d’un criquet vert sur une rose rouge. Lorsque j’ai regardé la diapositive avec la loupe “compte fil”, j’ai été ébahi par les couleurs éclatantes et le relief comme en trois dimensions, leur donnant littéralement vie.
L’aventure a continué à cause de cette simple question : à quoi ressemble vraiment une fourmi ?
Nous les voyons arpentant sans relâche le sol que nous foulons de nos pieds. Mais à quoi ressemblent-elles si nous les regardons face à face et à notre échelle !?!
 
Criquet © Stéphane Querbes

Je n’ai jamais pensé que cette interrogation m’aurait emmené aussi loin durant 17 années. À l’origine, il était question de faire un bilan photographique des fourmis disponibles. Mais je me suis heurté à l’impossible. En l’état des technologies photographiques de l’époque, le projet n’était pas réalisable. Après de multiples et infructueux essais, j’ai mis le projet en sommeil, attendant mon heure.
Lors de l’avènement de la photographie numérique, l’espoir est revenu. Il semblait possible de faire un assemblage de toutes les images nécessaires à l’élaboration de l’image finale, grâce à des logiciels spécialisés. Je me suis mis à la recherche de spécimens de fourmis géantes, afin de pouvoir les “mettre en scène” plus aisément.

À l’occasion de ces recherches, j’ai rencontré Christian Peeters “Directeur de recherche au CNRS”, et myrmécologue* émérite (*spécialiste de l’étude des fourmis).
Enfin, dès les premiers essais, les résultats se révélaient stupéfiants. Le premier “rendu” du logiciel fut une véritable révélation. En une seule image, je pouvais regarder le moindre détail de son anatomie, de sa texture, de sa couleur. Alors que dans l’objectif presque tout était flou…
L’idée de photographier les fourmis sous forme de portraits comme le font les portraitistes classiques avec nos contemporains a émergé à cet instant. Cela semblait une évidence, tant l’extraordinaire beauté de ces insectes m’avait frappé.
Au fur et à mesure des prises de vues des différents spécimens, j’ai accumulé un nombre suffisant de clichés, pour imaginer les présenter au public. Étant donné l’enthousiasme de mes proches et amis, qui ont eu la primeur des images, j’ai été conforté dans l’idée d’inventer une exposition. Une exposition où l’on verra les fourmis différemment, pas seulement sous une forme naturaliste dans leur environnement, mais sous le thème de ce que l’on qualifie d’Art-Science.
 
Le public pourrait les découvrir ou les redécouvrir, réalisant qu’au final, il ne les avaient jamais vraiment vus. J’ai proposé ce projet à plusieurs lieux possible, et c’est le Palais de la Découverte, notamment grâce à l’enthousiasme de Patrick Buisson, qui a répondu positivement en premier. Cela tombait bien, ce musée vivant de science était numéro un sur ma liste. L’exposition a ouvert ses portes le 15 septembre 2013, et finira le 24 aout 2014.
En guise de conclusion, quel que soit le support argentique ou numérique, la révélation d’une image est équivalente, l’émotion garde la même force, et l’impact visuel présente les mêmes vertus, nous rappeler que nous sommes curieux, et que nous avons soif de connaissances.

En savoir plus sur Stéphane Querbes : www.stephanequerbes.com et www.mixmedialab.com
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