Profession reporter, la ronde des agences

A ses débuts, Raymond Depardon donne dans le « publireportage un peu décalé ». Le portrait d’Edith Piaf, solaire mais sans complaisance, date de cette époque. De Dalmas, à Magnum en passant par Gamma, la ronde des agences dessine sa trajectoire de reporter.
27 novembre 2013
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Virginie Huet, journaliste
« Le reporter est en colère, le photographe est amoureux ». Si ces mots de Raymond Depardon traduisent bien la dualité de sa pratique, il n’en demeure pas moins que c’est en reporter que le photographe se fait d’abord un nom. A l’été 1960, il fait ses premières armes à l’agence Dalmas : « des chiens écrasés aux prix littéraires », Depardon touche à tout.

Raymond Depardon, Edith Piaf, Paris, 1959, 25x25 cm © Raymond Depardon / Magnum Photos



Envoyé en reportage dans le désert algérien, en plein mois d’août, suivre une expérience sur la résistance à l’extrême chaleur, il décroche son premier scoop. Paris Match l’embauche à 800 francs par mois avec notes de frais. En 1965, il couvre avec le journaliste Lucien Bodard la déclaration d’indépendance du Zimbabwe. Lorsqu’il créé l’agence Gamma en 1967, avec Hubert Henrotte, Léonard de Raemy, Hugues Vassal, Jean Monteux, mais surtout son fidèle ami Gilles Caron, qui trouvera la mort en 1970 lors d’un reportage au Cambodge, il entame un nouveau chapitre. « On crée une agence à nous, à la française, où le nom du photographe apparaît dans les crédits avant le nom de l’agence. C’est une petite révolution dans la presse. ». Envoyé en Colombie en 1968 à l’occasion de la venue du Pape Paul VI, il fait un crochet par les Etats Unis pour couvrir la campagne de Nixon. En 1970, un tremblement de terre au Pérou lui fait découvrir les Andes, territoire auquel il restera très attaché.

Son reportage au Chili, qui célèbre en 1978 le premier anniversaire de l’investiture de son président Salvador Allende, reste fondateur. La même année, il rejoint la coopérative Magnum. Le Liban et l’Afghanistan, alors en pleine guerre civile, nourrissent ses reportages dont le carnet de bord, Notes, brochure culte associant photos et confessions intimes, paraît en 1979. Un an plus tard, il réalise une série sur Glasgow pour le Sunday Times, qui ne sera finalement jamais publiée. Ces années, marquant l’âge d’or du photojournalisme, permettent à Depardon d’affirmer son regard, en tout point singulier : « Il ne s’agissait pas de photographier l’événement, la guerre ou le conflit, mais ce qui se passait autour, dans les marges et les lisières ».
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