Rencontre avec Aline Afanoukoé...

Aline Afanoukoé œuvre avec le Grand Palais à faire de la soirée d'inauguration de l'exposition Seydou Keïta, le 30 mars prochain, une grande fête pour célébrer au mieux le photographe malien. Portrait.
22 mars 2016
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© DR
- Bonjour Aline, pouvez-vous vous présenter, nous parler de vous et de votre travail ?

 
Aline Afanoukoé : Je suis animatrice de radio et télévision. Ma carrière a commencé à Radio Nova en 1999 où je suis entrée pour les besoins de mon mémoire « la place des comédiens noirs en France ». J’y suis finalement restée pendant dix ans ! J’ai eu l’opportunité d’y animer des programmes phares comme le « Novamix », mais aussi d’y développer des concepts que j’ai eu la liberté de lancer comme « les Nuits Zébrées » en 2004, ou encore « Le Deuxième Sous-Sol du Grand Magasin» où je recevais mes invités dans le noir total.
En 2009, Europe 1 m’a invité à rejoindre son antenne. Après avoir animé plusieurs émissions sur France Télévisions notamment Les Victoires de la Musique avec Marie Drücker en 2011, je suis arrivée sur Arte pour rendre hommage à l’émission mythique américaine « Soul Train », puis sur France Inter aux côtés d’Isabelle Giordano dans « les Affranchis ».
 
Depuis Septembre 2011, je présente « Le Ring », le show musical de France ô et je viens de rejoindre l’équipe de Sébastien Folin pour son émission d’actu « Folin Hebdo ».
Le 4 avril, je présenterai le 6ème prix de la création musicale dans les salons de l’hôtel de ville de Paris.
Outre mes activités d’animatrice, je suis également comédienne et DJ .

- Pouvez-vous nous parler de votre rôle et votre implication dans la soirée d’inauguration de l’exposition Seydou Keïta, ainsi que sur toute la durée de l’événement ?

AA : Je suis la directrice artistique de la soirée d’inauguration de l’exposition Seydou Keïta. Mon rôle est multiple et varié. J’ai d’abord eu le plaisir de contacter personnellement Rokia Traoré pour lui proposer le rôle d’Ambassadrice. Je suis en lien permanent avec elle depuis plusieurs semaines pour préparer sa venue et faire le lien avec les équipes du Grand Palais.
J’ai programmé et organisé le show case d’Inna Modja avec ses musiciens. À cette occasion, elle interprètera des titres de son dernier album « Motel Bamako » qui rend hommage à ses origines maliennes et qui s’inscrit parfaitement dans l’univers de Seydou Keïta.
J’ai composé une playlist inédite pour le Grand Palais où j’ai pris plaisir à sélectionner les artistes phares de la musique malienne, Ali Farka Touré, Salif Keïta, Mory Kanté, Oumou Sangaré, Oxmo Puccino, Fatoumata Diawara et bien d’autres. Cette playlist est aussi pour moi un moyen de rendre hommage à l’Afrique au sens large. Une riche compilation d’influences et de sonorités à découvrir le soir de l’inauguration et sur le site du Grand Palais.
J’ai contacté et invité toutes les personnalités dont la présence me semblait indispensable pour rendre hommage à ce grand photographe qu’est Seydou Keita. Cheick Tidiane Seck, Xüli Bet, Mathieu Chédid, Gary Dourdan, Ticken Jah Fakoly, Mokobé du 113, Youssoupha mais aussi Clémentine Célarié ou encore Lucien Jean Baptiste, Aïssa Maïga et beaucoup d’autres. Suivie par l’équipe de tournage du Grand Palais, je ferai également les interviews de certains de ces artistes dont la plupart connaissaient très bien Seydou Keïta et son œuvre.
© Thibault Stipal

- Pourquoi avoir accepté de travailler avec le Grand Palais autour de cette exposition ?

AA : Seydou Keïta est reconnu comme le père de la photographie africaine. Mondialement connu, il y a pourtant encore de nombreuses personnes qui ignorent l’étendue de son œuvre, de son talent et tout ce qu’il a apporté à la photographie : une grâce, une élégance, une véritable signature et une technique qui apparaît dans toutes ses images. Je suis honorée de pouvoir contribuer à lui rendre l’hommage qu’il mérite.
Par ailleurs, collaborer avec le Grand Palais sur un tel évènement est une opportunité prestigieuse qui marque ma première collaboration avec un musée. Associer mon expérience et mes idées à une exposition aussi pointue et de qualité que celle que propose le Grand Palais apporte une nouvelle dimension à mon travail. Je mesure la chance que j’ai de travailler dans ce cadre magnifique et avec l’équipe du Grand Palais.

- Pourquoi aimez-vous Seydou Keïta, que vous évoque son travail ?
MA/KE.161 Sans titre, 1948/54 Tirage argentique moderne © Seydou Keïta / SKPEAC / photo courtesy CAAC – The Pigozzi Collection, Genève


AA : J’aime l’apparente simplicité du travail de Seydou Keïta,  il savait nous donner cette illusion alors même que c’est un grand art et une vraie technique qui se cachent derrière ses portraits. Il a intuitivement inventé ou réinventé l’art du portrait à travers la recherche d’une précision extrême.
Seydou Keïta travaillait essentiellement à la lumière du jour et ne faisait qu’une seule prise de vue pour chaque portrait. J’aime ce rendu naturel et son regard sur les gens et les choses. Quand je regarde les photos de Seydou Keïta, j’ai l’impression de me replonger dans les albums de photos de famille de mes parents, pourtant je suis togolaise d’origine, la preuve là encore que Seydou Keïta n’était pas seulement un photographe malien, c’était un artiste universel, ouvert sur le monde. On oublie trop souvent que c’est lui qui avait photographié un grand homme noir tenant dans ses bras musclés un poupon, une photo d’une incroyable émotion qui a fait le tour du monde, déclinée en carte postale et porteuse d’un message fort.
 
- Quel est le lien entre l’exposition et les artistes que vous avez invités ?
AA : Les artistes que j’ai invités à découvrir l’exposition sont à la fois chanteurs, photographes, comédiens, chorégraphes, danseurs, stylistes, réalisateurs, journalistes, professeurs, africains, européens, de toutes nationalités… certains se sont directement inspirés du style Seydou Keîta dans leurs travaux, que ce soit pour une pochette d’album, ou pour l’esthétique d’un clip, d’une image ou d’un vêtement. Le mélange des genres propre à Seydou Keita qui alliait à la fois le style européen au style typiquement africain avec le fameux tissu wax par exemple, est devenu très vite populaire et utilisé par un bon nombre d’artistes aujourd’hui ; Lily Wood and The Prick avec leur dernier album notamment.
 
- Quelles sources d’inspiration certains puisent-il dans son œuvre ?
AA : Ils reprennent notamment l’idée des fonds à motifs décoratifs qu’utilisait Seydou Keïta et qu’il renouvelait d’ailleurs tous les deux ou trois ans ce qui lui a permis par la suite de dater ses clichés.

- Si vous souhaitez ajouter quoique ce soit, n’hésitez pas
AA : À l’heure où le Mali, et toute l’Afrique subit des attaques terroristes de grande ampleur, il me paraît essentiel de mettre en avant le rayonnement du Mali à travers l’art, en l’occurrence à travers les photographies de Seydou Keïta qui constituent un des plus beaux témoignages de la société malienne de la fin des années 1940 à nos jours.
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