« The Responsive Eye » : l’exposition historique du MoMA

15 mai 2013
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Par Stéphane Renault, journaliste, critique et historien d’art
Victor Vasarely, "Métagalaxie", 1959/1961, peinture sur toile, 160 x 147 cm. Collection particulière avec l'amabilité de la Galerie Pascal Lansberg, Paris. © Adagp, Paris 2013

Le terme « Op art », abréviation de « optical art », est utilisé pour la première fois dans un article du Time magazine le 23 octobre 1964. Il définit les œuvres plastiques qui exploitent les illusions ou effets d’optique dans le processus perceptuel.

Le 25 février 1965, s’ouvre au Museum of Modern Art de New York l’exposition « The Responsive Eye ». Dans le catalogue, William C. Seitz, son commissaire, précise : « Ces œuvres existent moins comme objets à examiner que comme des générateurs de réponses perceptuelles dans l’œil et l’esprit du spectateur ». Saisissant le Zeitgeist, la « nouvelle tendance », la démonstration s’inscrit dans l’histoire de l’art du XXe siècle comme la première grande exposition significative sur ce mouvement qui révolutionne la perception et au-delà l’idée même d’œuvre d’art. L’événement du MoMA devient la pierre angulaire de la reconnaissance internationale de l’Op art.

Qu’y découvrent les spectateurs ? Plus de 120 peintures et constructions par 99 artistes, originaires de 15 pays, documentant une nouvelle direction forte de l’art contemporain. Un ensemble jouant sur l’ambiguïté visuelle des surfaces, de la couleur. Des recherches chromatiques essentiellement incarnées aux Etats-Unis par l’œuvre de Josef Albers, père spirituel dont l’influence sera considérable. Mais aussi, le travail sur le mouvement, à partir de motifs en noir et blanc, développé par les artistes de l’art cinétique en Europe, qu’il s’agisse de Victor Vasarely, Bridget Riley, Jesús Soto, Carlos Cruz-Diez, Yaacov Agam, François Morellet ou encore Julio Le Parc. Pour beaucoup, une révélation. Sont aussi représentés, parmi de nombreux autres : Frank Stella, Ellsworth Kelly, Enrico Castellani, les Gruppo T et Gruppo N italiens, l’espagnol Equipo 57, le Groupe Zero allemand…

Un jeune documentariste, Brian de Palma, filme le vernissage - « black tie » et robes décolletées des grands soirs. Sa caméra suit le curator : Seitz explique son propos, présente les œuvres. Un psychologue analyse les effets optiques produits; le directeur du service d’ophtalmologie de l’hôpital Mount Sinai apporte son expertise en la matière ; interrogés, des visiteurs commentent : « un carnaval optique », « masochisme », « une usine à lavage de cerveaux », « une expérience, pas de l’art », « seulement de la technique », « obsédant, je préfère ne plus regarder après quelques instants » ; le peintre David Hockney fustige : « Ces choses sont tout ce que je déteste. Je n’aime pas ce qui m’oblige à cligner des yeux ! » ; l’architecte Philip Johnson, au contraire, confesse compter dans sa collection des œuvres de Riley et de Steele. Jeffrey Steele, précisément, l’un des artistes exposés, insiste sur la dimension logique de la structure de ces œuvres plus que sur la recherche de « trucages » optiques. « Ladies and gentlemen, this stuff is terrible ! », s’enthousiasme un spectateur, conquis. En dépit des réactions hostiles de visiteurs plus conservateurs, l’exposition est un succès. La  consécration pour ces artistes de l’Op art, descendants modernes du trompe l’œil, de la perspective et de l’anamorphose.


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