Rokia Traoré, marraine de l'exposition Seydou Keïta

Marraine de l'exposition Seydou Keïta, la chanteuse Rokia Traoré s'est confiée à Aline Afanoukoé, pour le Grand Palais. Il y est question d'inspirations, de photographie, du Mali. Rencontre.
30 mars 2016
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Aline Afanoukoé : Bonjour Rokia, pourquoi avez-vous accepté le rôle de marraine de l'exposition "Seydou Keïta" proposé par le Grand Palais ?
 
Rokia Traoré : Seydou Keïta est un artiste important du Mali. Le Mali est un des pays d'Afrique les plus visibles grâce au travail de ses nombreux artistes internationalement reconnus. Je suis très honorée d'être associée à un événement mettant en avant le travail de ce grand photographe malien. C'est avec un plaisir et un engagement immenses que je joue ce rôle de marraine de cette belle exposition qui contribue à montrer de l'Afrique ce qu'elle a de meilleur.
 
AA : Selon vous, qu'est-ce qui caractérise l'esthétique, le style Seydou Keïta ?
 
RT : Le style de Seydou Keita représente, de manière brillante, une conception du portrait devenu pur appropriation africaine à la fin de l'occupation coloniale. Si le principe de la photo en elle-même a été hérité de la colonisation, l'usage de la technique du portrait s'est trouvé un caractère fort et une esthétique propre en Afrique en se réalisant à travers les envies de populations voulant, pas seulement avoir un beau souvenir de leur vie totalement mise en scène à partir de leur réel statut et pour les besoins du portrait, mais obtenir une vision d'eux-mêmes, dans leur idéal rêvé à travers le portrait.
 
AA : Dans son studio, les clients pouvaient se faire photographier avec des vêtements chics, chapeaux et accessoires (bijoux, stylos, montres, fleurs...), mais aussi poste de radio, vélo, scooter, voiture que Keita mettait à leur disposition, quel accessoire auriez-vous choisi pour votre photo et pourquoi ?
 
RT : J'aurais probablement choisi une guitare si j'étais là à cette époque. Cependant j'ai la chance d'appartenir à une génération africaine qui a commencé à savoir se donner les moyens d'essayer de réaliser ses rêves et ne pas seulement se les garder en photo.
 
 
AA : Quels sont pour vous les dignes héritiers de Seydou Keïta aujourd'hui ?
 
RT : À mon avis il y a heureusement de nombreux photographes contemporains Africains qui contribuent à faire exister et évoluer la photographie sur le continent, à faire exister l'Afrique sur ce plan. La biennale de la photo de Bamako en a montré les preuves encore cette année.
 
 
AA : Les photographies de Seydou Keïta constituent un témoignage exceptionnel de la société malienne, est-ce qu'avec " Né So", votre dernier album où vous parlez de votre pays, des réfugiés et des populations déracinées, vous vous inscrivez dans la même démarche ?
 
RT : Oui, y auraient-il des artistes qui aient une autre matière d'inspiration que ce qui se produit dans leur interaction, avec leur environnement social ?

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