Secrets et mensonges dans la peinture de Vallotton

Les scènes de la vie intime ou conjugale sont une composante majeure de l’œuvre vallotienne. Donnant lieu à des interprétations symboliques où l’intensité des passions n’est jamais loin du conflit entre pulsions et interdits.
7 novembre 2013
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Stéphane Renault, journaliste, critique et historien de l’art
Félix Vallotton, Le Provincial, 1909, huile sur toile, 50 x 53 cm, collection particulière © collection particulière / photo Reto Pedrini, Zürich

Sensible au beau sexe, l’artiste n’est pas de bois. Pour autant, la situation s’avère plus complexe qu’il n’y paraît de prime abord. Sans céder au portrait facile de l’artiste en « chaud lapin » frustré, on serait tenté d’analyser (au sens freudien) l’homme dans toute sa complexité. A lui seul, l’impossible synthèse de l’amant impétueux et du critique implacable. « Un érotomane et un mécanicien-ajusteur », écrira Léon-Paul Fargue.
 
Chez cet artiste au tempérament réservé, adepte du self-control, le refoulement, la pulsion, l’idée du mensonge sont omniprésents. Les sentiments surgissent, parfois violents, enfouis sous les apparences du plaisir. Le spectateur (voyeur ) entre alors, à son corps défendant, dans le domaine de son inconscient (et du sien). Non sans humour, à travers une forme de théâtralité, dénotant à l’occasion un soupçon de perversité. Vallotton garde ses distances. Une distanciation qui en dit long sur sa relation aux femmes, entre adulation et défiance. Enigmatique, proche de l’incommunicabilité. Pour mieux jouir du spectacle ? En 1919, le peintre écrit dans son Journal : « Il me semble que je peins pour des gens équilibrés, mais non dénués toutefois, – très à l’intérieur – d’un peu de vice inavoué. – J’aime d’ailleurs cet état qui m’est propre aussi. »
 
On a pu parler de double féminin. Certaines de ses mises en scène sont lourdes de sous-entendus. Un érotisme équivoque, inspiré du maître Ingres – la sensualité débordante en moins. Ces corps qui l’affolent sont corsetés par une ligne de contour qui enserre les formes. Froides, intéressées, ses femmes ne semblent s’abandonner que pour mieux anéantir le malheureux ayant succombé à ses charmes. Ailleurs, Vallotton dénonce la névrose sociale du mariage. A ses yeux, ni plus ni moins qu’un carcan bourgeois, réduisant l’idéal amoureux à des rapports de domination, d’intérêts. Des êtres poussés à la caricature (Homme et femme ou Le viol ; La haine). Le contrat amoureux y est indissociable de l’argent. La séduction va de paire avec la tromperie (Le Provincial, La Chaste Suzanne). Constat accablant. Frustration, délire de persécution obsessionnel ou réquisitoire lucide ?
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