Trois questions autour de l'exposition Kupka

Avant de (re)découvrir l'oeuvre de Kupka et son univers riche en couleurs, formes et mouvement au Grand Palais dès le 21 mars, les commissaires nous en disent plus sur l'exposition !
5 avril 2018
|
František Kupka (1871-1957) est un artiste tchèque assez peu connu du public français. Cette rétrospective exceptionnelle, à la fois chronologique et thématique retrace son itinéraire foisonnant et diversifié, depuis le jeune étudiant en peinture des Ecoles des Beaux-Arts de Prague et de Vienne, adepte du symbolisme, jusqu’au pionnier de l’abstraction qu’il fut, inventeur permanent de formes. La dernière grande exposition Kupka date de 1989 au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Depuis, les expositions qui se sont succédées n’ont abordé que certaines parties ou certains aspects de son oeuvre, sans retracer tout son parcours du symbolisme jusqu’à l’abstraction après la Seconde Guerre mondiale. Les trois commissaires de l’exposition du Grand Palais ont répondu à nos questions pour vous permettre de patienter jusqu’à l’ouverture de notre grande rétrospective le 21 mars !  
 

Kupka. Pionnier de l'abstraction
Grand Palais, du 21 mars au 30 juillet 2018
Réservez votre billet

Les trois commissaires de l'exposition : 
Brigitte Leal, conservateur général, directrice adjointe en charge des collections du MNAM Centre Pompidou, Paris
Markéta Theinhardt, historienne de l’art, maître de conférence HDR, Sorbonne Université. Ancienne conservatrice à la Galerie nationale de Prague
Pierre Brullé, historien de l’art

 
Kupka, Autoportrait, 1910, National Gallery Prague © Adagp, Paris 2018
Si Kupka est un pionnier de l’abstraction, comme l’indique le titre de l’exposition au Grand Palais, comment expliquez-vous qu’il soit resté dans l’ombre et qu’il n’ait pas été célébré comme Kandinsky, Mondrian, Malévitch et Delaunay ? 
 
PB : Le retard de notoriété est d’une certaine façon lié à la vie de Kupka. Il a lui-même décidé de se tenir à l’écart du marché de l’art et de peu montrer son oeuvre qui est restée dans son atelier pendant très longtemps. 
MT : Il a exposé mais pas dans les galeries. La notoriété vient aussi par le marché, c’est un moyen de communication que Kupka n’a pas utilisé d’ailleurs, son premier contrat avec un galeriste date de 1951. 
BL : Le cas des autres noms majeurs de l’abstraction diffère considérablement d’un artiste à l’autre. Il y a eu tout un travail critique qui permet aujourd’hui de valoriser la place des uns et des autres. Kupka n’a jamais été oublié et son oeuvre est aujourd’hui réévaluée par rapport à l’impact de la science sur la naissance de l’abstraction et par sa mise en rapport avec la problématique du spirituel dans l’art.

 

 

Disques de Newton, 1912, Philadelphia Museum of Art © Adagp, Paris 2018
Kupka a été le premier à présenter au public une peinture abstraite, cet élément important fait-il de lui le père fondateur ?
 
BL : L’émergence de l’abstraction se produit dans les années 1910-1912 mais avec des sources différentes : l’oeuvre de Mondrian peut être considérée comme une forme de cristallisation du cubisme ; les recherches des Delaunay sur la simultanéité de la couleur et de la lumière constituent également une branche du cubisme appelée orphisme ; Kandinsky trouve ses origines dans le symbolisme et Kupka est reconnu comme un des pères de l’abstraction géométrique. 

 



 

L’eau (la baigneuse), (1906), MNAM © Adagp, Paris 2018
Quel aspect de cette exposition souhaiteriez-vous que le public retienne de manière essentielle ? 
 
PB : Le parcours de l’exposition du Grand Palais est splendide et le public va découvrir en Kupka un très grand artiste ! Ce que les visiteurs pourraient retenir, c’est la logique de son oeuvre, sa force. 
BL : Kupka est un artiste sincère, animé d’une profonde honnêteté intellectuelle, engagé plastiquement et moralement. Enfin, il est important que le public sache que dans ses écrits, Kupka se penche sur la problématique de la perception de l’art par le public et de sa sensibilité aux couleurs et au dynamisme vital.
 
 
A lire aussi

Kupka engagé et caricaturiste

Article - 19 avril 2018
Lorsque Kupka s’installe à Paris en 1896, ses dons de dessinateur exceptionnels vont très vite lui permettre de gagner sa vie comme illustrateur.
Tout le magazine