Trois questions aux commissaires de l'exposition Greco

Greco, dernier grand maître de la Renaissance mais aussi premier peintre du Siècle d’or espagnol : découvrez les secrets de l'exceptionnelle rétrospective qui se prépare au Grand Palais !
9 octobre 2019
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Guillaume Kientz, commissaire, directeur des collections européennes au Kimbell Art Museum de Fort Worth et Charlotte Chastel-Rousseau, commissaire associée, conservatrice des peintures espagnoles et portugaises du musée du Louvre, ont répondu à trois de nos questions sur l'exposition Greco qui aura lieu du 16 octobre 2019 au 10 février 2020 au Grand Palais. 

GReco, La Sainte famille avec Marie-Madeleine
Greco, La Sainte famille avec Marie Madeleine (détail), © Cleveland, The Cleveland Museum

C’est la première fois qu’une exposition est consacrée au peintre Greco en France. Qu’est-ce qui est à l’origine de ce projet ?

GK : Greco présente le cas assez paradoxal d’un très grand artiste qui n’a jamais eu sa rétrospective en France, alors même que ce pays a joué un rôle essentiel dans sa redécouverte entre la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle. D’autre part, il y a la volonté de l’Art Institute de Chicago d’organiser une exposition Greco à l’occasion de la restauration de la grande Assomption. Le musée américain nous prête ce tableau majeur de l’artiste. L’œuvre n’est pas venue en Europe depuis 1906 !

CCR : L’exposition est conçue comme une rétrospective, faisant la part belle à de grandes peintures monumentales, mais aussi à des petits formats plus intimistes. Une ou deux sculptures, deux livres ayant appartenu à Greco et des dessins seront aussi présentés.

 

Greco apparaît comme un peintre finalement mal connu, auquel s’attachent des idées fausses, comme celle d’une réputation d’original, isolé; que peut-on en dire aujourd’hui?

GK: C'est à la fois vrai et faux. Greco pratique un art original mais tout à fait cohérent avec sa formation. D'abord peintre d'icônes, il continue son cheminement à Venise qui lui apporte un sens de la couleur. Ensuite, il s'ouvre au maniérisme à Rome et à la monumentalité sculpturale de Michel Ange. Enfin, en s'installant en Espagne il accède à une autre intensité de la peinture. C’est donc sa trajectoire qui est originale et c'est ce qui fait son intérêt.

Greco
Greco, Saint Martin et le mendiant (détail), © Washington, National Gallery of Art

Peintre, miniaturiste mais aussi attiré par l’architecture, cet artiste apparaît comme un des derniers représentants de la Renaissance. Comment définir son style ?

GK : On a souvent parlé de ses figures incandescentes, de sa palette flamboyante, mais je considère que Greco est le « bouquet final » de la Renaissance. C'est pour cela qu'il a été oublié car il ne
correspond plus à ce que l'on comprend et que l'on aime à l'époque.
CCR : On retrouve dans sa peinture les caractéristiques stylistiques des artistes maniéristes, comme le peintre vénitien Tintoret par exemple. Cette génération à partir des années 1520
a assimilé la leçon des grands maîtres de la Renaissance et cherche à la dépasser. Sa palette très élaborée comprend des couleurs audacieuses, comme des jaunes acides, des roses intenses, des verts anis, des bleus électriques, qui souvent ressortent sur des fonds gris sombre. L'intérêt de Greco pour les torsions expressives des silhouettes est complété par un travail très poussé sur la gestuelle.

 

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