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À la croisée du breakdance et de la danse contemporaine, le spectacle Dead Leaf met en scène huit danseurs dans un ballet fait de chutes, rebonds et déséquilibres. Avant la représentation du 8 juillet sous la verrière du Grand Palais, le chorégraphe Nassim Baddag répond à nos questions et revient sur les inspirations de cette création.
Ils chutent, seuls ou ensemble, jamais trop loin de l’autre : dans Dead Leaf, la chute devient un langage, un point d'appui pour inventer de nouveaux mouvements. Entre maîtrise, lâcher-prise et figures acrobatiques, huit danseurs s’engagent dans un ballet aussi chaotique que précis. Un spectacle pour explorer la fragilité de l’instant et la persistance du mouvement.
L’autre peut être tout cela à la fois. Selon les moments, il peut apparaître comme un soutien, un repère, une présence rassurante, mais aussi comme une source de déséquilibre ou d’incertitude. Ce qui nous intéresse n’est pas de figer une signification unique. Dans Dead Leaf, les images restent volontairement ouvertes. Le spectacle ne cherche pas à imposer une lecture précise mais à laisser circuler plusieurs interprétations. Chacun peut y projeter son propre regard, ses expériences, ses émotions. L’autre devient alors ce que le spectateur choisit d’y voir à cet instant.
La chute entretient un lien très fort avec la notion de vide. Tomber, c’est accepter un moment où les repères disparaissent, où quelque chose s’ouvre sous nos pieds. L’immensité de la Nef du Grand Palais fait écho à cette sensation. C’est un espace monumental qui donne à voir le vide autant que le plein. Ce vide n’est pas une absence : c’est un espace de projection, d’attente, de possibilité. Dans Dead Leaf, il fait partie intégrante du spectacle. Les corps traversent cet espace sans jamais le remplir complètement, et c’est précisément dans cet écart, dans cette coexistence entre présence et vide, que le dialogue avec la Nef prend forme.
Nassim Baddag et Lilian Damango
Pour nous, le risque est avant tout une manière de créer. À l’origine de Dead Leaf, il y avait l’envie d’explorer des mouvements que nous hésitons parfois à faire par peur de tomber. Cette peur est souvent liée à une certaine idée de la danse : celle d’un geste maîtrisé, propre, contrôlé, où la chute apparaît comme une erreur ou un accident à éviter.
En nous autorisant à tomber, nous nous sommes aussi autorisés à prendre des risques et à déplacer notre rapport à l’esthétique. Nous ne cherchons pas ici une forme parfaite ou une virtuosité lisse. Au contraire, nous nous intéressons à ce qui échappe au contrôle, à ce qui surgit dans l’instabilité et dans l’imprévu. La chute fait apparaître des états de corps plus vulnérables, plus fragiles, plus imprévisibles, qui nous éloignent d’une recherche de perfection formelle.
Le risque devient alors un outil de création. Il ouvre un espace où l’accident, la perte d’équilibre et l’incertitude ne sont plus des défauts à corriger mais des matières à explorer. Il ouvre aussi la possibilité d’une esthétique où la fragilité, l’instabilité et l’imprévu ont autant de valeur que la maîtrise. De cette tension naît une esthétique qui nous est propre, faite autant de maîtrise que de lâcher-prise.
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