Niki de Saint Phalle et le cinéma

Niki de Saint Phalle et le cinéma

Niki de Saint Phalle était passionnée de cinéma. Il lui a bien rendu.
4 Novembre 2014
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Mickaël Pierson
Enfant, elle jouait avec son frère à Schultz, le capitaine nazi de To be or not to be de Lubitsch (1942). Elle prénomme sa fille Laura en hommage à Gene Tierney dans le film éponyme d’Otto Preminger (1944). Le cinéma pénètre son œuvre via les films de monstres qu’elle regarde avidement. Le genre connaît un renouveau durant la Guerre froide. Dinosaures et lézards géants peuplent les reliefs et tableaux-tirs de Niki du début des années 1960 et vont prendre le nom de King Kong devenant tout autant le spectre menaçant de l’époque que l’incarnation des angoisses de l’artiste. Plus douce sera l’apparition de Greta Garbo, à qui Niki a été souvent comparée, en 1966 lorsqu’elle intègre le premier film de l’actrice dans le cinéma de douze places aménagé dans le bras gauche de l’immense Hon au Moderna Museet de Stockholm.
 
Niki de Saint Phalle fascine le cinéma. Dans les années 1950, Robert Bresson lui propose le rôle de Guenièvre pour Lancelot du lac. Elle le refuse et le film ne se tournera qu’en 1974 avec Laura Condominas, la fille de Niki. Très médiatisés, les Tirs se retrouvent cités par Jacques Demy dans Les Demoiselles de Rochefort en 1967. Alors que Catherine Deneuve vient de rompre avec Jacques Riberolles, on voit le galeriste tirer sur des ballons remplis de peinture aux côtés d’œuvres inspirées de Calder et Vasarely. On ne sait s’il s’agit là d’un hommage ou du simple constat du succès du Nouveau Réalisme, mais on est loin de la caricature que Claude Chabrol faisait du travail d’Yves Klein en 1961 dans Les Godelureaux.

 
© 2014 Niki Charitable Art Foundation, All rights reserved














A l’instar d’autres Nouveaux Réalistes (Martial Raysse, Raymond Hains, Jacques Villeglé), Niki va tourner des films. Si le projet Nana Island ne dépasse pas l’étape du script, elle se lance en 1972 dans le tournage de Daddy. Débutant comme une « bedtime story » (1), le film raconte lors de flashbacks en noir et blanc les jeux troublants et incestueux d’un père avec sa fille au son d’une version déprimée de My heart belongs to daddy, puis la vengeance en couleur d’Agnès adulte. Mise à mort symbolique de son père par l’artiste, ce conte violent et exutoire dépasse le seul récit biographique en mêlant aux souvenirs de Niki les obsessions du coréalisateur, Peter Whithehead. Le film est projeté en 1973 au MoMA à New York, puis à Paris et choque tant par le propos que par la violence affichée.






Un rêve plus long que la nuit, avec l’aide de Jean Tinguely © Niki de Saint Phalle / Niki charitable Art Foundation, 2014 © Photo Laurent Condominas
Elle se lance ensuite, avec Frédéric Mitterrand, puis Laurent Condominas, dans le script de Camélia et le dragon, finalement intitulé Un rêve plus long que la nuit, récit initiatique d’une jeune fille à la recherche de l’amour. Elle réalise le film avec ses proches comme acteurs et techniciens : sa fille est Camélia, Jean Tinguely son père… Succession d’aventures oniriques et surréalistes (un harem, des danses barbares…), le film ne rencontre que peu d’écho.
 
Si Niki porte encore d’autres projets (une adaptation du Compagnon de voyage d’Andersen, un film avec François Reichenbach), ils ne se concrétisent pas. Son dernier film est une adaptation animée avec son fils Philip de son livre Le sida, tu ne l’attraperas pas en 1990.
 
1. Le générique présente le film comme une « bedtime story », un conte, et s’ouvre par la phrase « Once upon a time » : il était une fois.
 
Mickaël Pierson








LES FILMS DU VENDREDI 12h

Un rêve plus long que la nuit / Camélia et le Dragon de Niki de Saint Phalle, 1975, 1h30
Vendredi 7 novembre
Daddy
de Niki de Saint Phalle et Peter Whitehead, 1973, 1h23
Vendredi 16 janvier