Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely

Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely

Couple à la ville et dans l’atelier, l’œuvre de Niki ne cesse de croiser celle de Jean, l’œuvre de Tinguely celle de Saint Phalle.
18 Novembro 2014
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Mickael Pierson
Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely, les deux noms sont immédiatement associés à la fontaine Stravinsky à Paris où les machines noires du sculpteur viennent mettre en branle les animaux et objets fantasques et colorés de sa compagne en hommage au compositeur russe.

Bien connue des Parisiens et des touristes, cette fontaine n’est que l’une des nombreuses réalisations du couple d’artistes dont les premières œuvres communes datent des années 1960.

Projet Hon
S’ils collaborent tous deux au Dylaby, une œuvre participative-labyrinthe dynamique réalisée avec Daniel Spoerri, Robert Rauschenberg, Martial Raysse et Per Olof Ultvedt au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1962, de même qu’à plusieurs spectacles, ce n’est qu’en 1966 qu’ils accomplissent leur première grande œuvre ensemble : Hon, avec Per Olof Ultvedt, une grande Nana pénétrable à l’intérieur de laquelle les visiteurs pouvaient découvrir des machines de Tinguely, un cinéma, un milkbar, un planétarium… L’année suivante, c’est Le Paradis fantastique pour l’Exposition universelle de Montréal. Mais la collaboration des deux artistes ne s’arrête pas aux œuvres signées de leurs deux noms.
 
Niki et Jean se rencontrent dans les ateliers de l’impasse Ronsin à Paris devant une œuvre tout juste terminée, Niki conseille à Jean, interloqué, d’y ajouter quelques plumes. C’est ce qu’il fera, mais quelques années plus tard, en 1962, quand il réalise ses Baloubas, des machines à plumes qui essaient « de donner une ambiance Niki »(1). Leur toute première collaboration a lieu alors qu’ils ne sont pas encore en couple. En 1957, Niki demande à Jean de venir l’aider à la construction d’un décor pour la cheminée de ses enfants.
Cette collaboration discrète, quotidienne est à l’image des relations qui les uniront. Car dans l’œuvre de l’un se cache parfois une idée ou l’intervention amicale de l’autre. Derrière les grandes réalisations de Niki (Le Golem, Le Jardin des Tarots) se trouve souvent le savoir-faire technique de Jean et de ses collaborateurs. De même en 1989, pour une exposition parisienne, les cartels décrivent les œuvres de Niki « stabilisées par Jean Tinguely » : les sculptures de l’artiste sont à nouveau montées sur des socles-machines de Jean. L’importance de Niki dans l’œuvre de Jean est égale. C’est elle qui lui fait découvrir le Palais idéal du Facteur Cheval et lui inspire la réalisation du Cyclop à Milly-la-Forêt. Elle co-finance l’achat du terrain et relance le projet alors que Jean n’y croit plus. A la mort de Jean, Niki ne ménagera pas son énergie pour assurer la pérennité de son œuvre et donner naissance au Musée Jean Tinguely à Bâle. Ses dons à la ville de Fribourg donneront aussi lieu à l’ouverture de l’Espace Jean Tinguely - Niki de Saint Phalle.
Niki de Saint Phalle and Jean Tinguely. Photo : © Jill Krementz


Premier défenseur de l’œuvre de Niki de Saint Phalle, de leurs œuvres communes, Jean disait : « Nous sommes deux sculpteurs attachés l’un à l’autre, qui vivent dans deux mondes très différents, opposés dans les matériaux, opposés idéologiquement, opposés aussi dans la masculinité d’une part et la profonde maternisation de la féminité de l’autre… ça fait un combat. On se combat. »(2)


Mickael Pierson

  1. Jean Tinguely, cité par Jocelyn Daignes, Jean Tinguely & Cie, p.45.
  2. Jean Tinguely, cité par Nathalie de Saint Phalle, « Niki de Saint Phalle & Jean Tinguely », Galerie Magazine, juin 1989, p.87.
 
Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely dans leur atelier (archive INA)  


Niki de Saint Phalle et Jean Tinguely (archive INA)